Un succès amplement mérité

 © Céline Nieszawer
© Céline Nieszawer

Pépite cinématographique, "120 battements par minute", de Robin Campillo, est un film à l’énergie vitale, sur Act Up, l’association qui a changé le regard de la France sur le sida et les homosexuels. A (re)voir !

Lors du Festival de Cannes, en 2017, "120 battements par minute" a fait battre le cœur des critiques et du jury, qui lui a remis son Grand Prix. Aux derniers César, il a reçu pas moins de six récompenses, dont celles de Meilleur film et de Meilleur scénario original. Ce long métrage coup de poing, vivant et authentique, revient sur un passé récent, le tout début des années 1990. Pas de GSM à l’époque, pas d’Internet ni de réseaux sociaux pour se faire connaître et rallier des partisans à sa cause, mais le minitel et le fax, le courrier et les affiches collées sur les murs, ainsi que l’action directe, sortir dans la rue, crier sa colère et son désespoir, déranger. Et il y avait urgence de se faire entendre pour les milliers de personnes en France qui avaient été atteintes par un mal terrible et mortel, le sida, et qui voulaient stopper l’hémorragie.

"120 battements par minute" nous plonge directement dans la lutte menée par l’association Act Up Paris, composée de gays et lesbiennes, de parents de victimes de transfusions sanguines, de personnel médical, de prostituées. "J’ai essayé de reconstituer pas mal de débats et d’actions qui ont eu lieu à l’époque, je les ai agencés librement par rapport à la vérité historique", confie le réalisateur, Robin Campillo, qui sait de quoi il parle, puisque lui-même a rejoint Act Up dès 1992. "En tant que gay, j’avais vécu les années 80 assez difficilement, dans la peur de la maladie." On se retrouve donc à cette époque-là, avec ces activistes-là, basculant d’une assemblée générale à une manifestation colorée, d’une soirée en boîte à une action-choc, comme quand on voit les membres d’Act Up pénétrer dans le bâtiment d’une boîte pharmaceutique armés de poches de sang et les balancer sur les employés terrorisés.

Le sacre de Nahuel Pérez Biscayart

A l’affiche, une jeune génération d’acteurs hyper-prometteurs, parmi lesquels Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz ou Aloïse Sauvage. Mais aussi un jeune comédien argentin, Nahuel Pérez Biscayart, issu d’une famille d’origine basque et découvert en 2010 par Benoît Jacquot, qui le fait alors tourner dans son "Au fond des bois".

Dans "120 battements par minute", il interprète Sean, un jeune activiste malade du sida, très engagé dans l’association. Un personnage solaire, auquel on s’attache immédiatement, et que l’on voit décliner inexorablement. Un rôle pour lequel Nahuel Pérez Biscayart a reçu le César du Meilleur espoir masculin, mais aussi le prix Lumière 2018 du Meilleur acteur. L’an dernier, il tenait également le haut de l’affiche dans le film d’Albert Dupontel "Au revoir là-haut", dans le rôle d’Edouard Péricourt, reconnaissable aux masques fantasques qu’il se crée pour cacher son visage blessé par la Première Guerre mondiale. Un rôle magnifique lui aussi, qui aura certainement poussé le jury du prix Patrick Dewaere, qui a pour vocation de mettre à l’honneur de jeunes comédiens ayant particulièrement brillé ces derniers mois, à lui remettre un trophée le 11 juin. Et ce n’est que mérité.

"120 battements par minute", ce soir à 21 h sur Be 1.

Jean-Jacques Lecocq et Julie Charles

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