Spike Lee, avec Harry Belafonte contre le KKK

Spike Lee et Harry Belafonte, la rencontre de deux grandes figures artistiques de la lutte pour les droits des Afro-Américains. © Reporters
Spike Lee et Harry Belafonte, la rencontre de deux grandes figures artistiques de la lutte pour les droits des Afro-Américains. © Reporters

Le réalisateur de “Do the right thing” revient en force avec “Blackkklansman”, un “brûlot comique” contre le Ku Klux Klan, où Lee nous donne une leçon de cinéma et d’histoire.

Sorti ce mercredi en salle, après avoir ramené du Festival de Cannes le Grand Prix, “Blackkklansman” signe le retour à l’avant-plan du réalisateur Spike Lee. Lui qui s’était fait solidement remarquer dès le début de sa carrière par un cinéma aussi solide et intransigeant que revendicatif et engagé pour la reconnaissance des Afro-Américains semblait incroyablement rentré dans le moule depuis plusieurs années, à l’instar de son acteur fétiche, Denzel Washington, devenu célèbre aussi bien comme acteur à Oscar que star de films d’action. Il était loin le temps de “Do the right thing”, “Jungle fever” ou “Malcom X”.

Mais l’arrivée au pouvoir d’un certain Donald Trump a visiblement réveillé la rage de Lee. Cela et la découverte de l’incroyable histoire de Ron Stallworth, un policier black qui dans les années 1970 a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan… par téléphone.

Spike Lee en tire un film d’une grande force, tout comme d’une grande drôlerie, ce qui le rend encore plus efficace. Et son engagement y apparaît intact, fort comme au premier jour. Une longue séquence du film fait même le lien avec toute l’histoire de la reconnaissance des Noirs au cinéma. On y voit le vétéran Harry Belafonte, âgé de 91 ans, comme la passerelle entre la lutte contre la ségrégation des années 50 et 60 et celle des années Trump et des nouveaux suprémacistes blancs.

Adam Driver, alias Flip Zimmerman, et John David Washington, le propre fils de Denzel Washington, qui joue Ron Stallworth. © Universal
Adam Driver, alias Flip Zimmerman, et John David Washington, le propre fils de Denzel Washington, qui joue Ron Stallworth. © Universal


Spike Lee reprend la technique du montage parallèle, montrant simultanément deux actions, en filmant d’un côté des membres du Klan déversant leur haine des Noirs tout en regardant “Naissance d’une nation”, le film de David Griffith de 1915, et, de l’autre côté, de jeunes Afro-Américains se faisant expliquer le lynchage en 1916 du militant Jesse Washington par un vieillard.

Le vieillard, c’est Harry Belafonte, incarnation vivante du Mouvement pour les droits civiques à Hollywood. Le choix du film “Naissance d’une nation” est évidemment loin d’être anodin. Considéré pratiquement comme le premier long-métrage de l’histoire du cinéma, il raconte la guerre de Sécession du point de vue sudiste et est accusé d’avoir participé au regain de popularité du Ku Klux Klan. Griffith est aussi vu comme l’inventeur de la technique du montage parallèle. Qu’un réalisateur comme Spike Lee se l’approprie pour une telle scène est plus qu’un symbole...

 

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