Que veut dire la chanson "La grenade" de Clara Luciani ?

Clara Luciani sera en concert à l'AB le 3 mars.  © DR
Clara Luciani sera en concert à l'AB le 3 mars. © DR

Sacrée révélation de l’année aux dernières Victoires de la musique, Clara Luciani  est l’étoile montante de la chanson française. Elle sera en concert chez nous prochainement.

Ses concerts en province sont sold out, elle sera à l'Ancienne Belgique le 3 mars et se produira dans les principaux festivals de l'été en Belgique, dont les Francos à Spa : Clara Luciani est le phénomène musical de la chanson française. Son album "Sainte-Victoire" vient d'être réédité avec trois inédits. Avec le fabuleux "La grenade", qui tourne encore en boucle en radio.

Le refrain de votre tube est entêtant, mais quel message se cache derrière "Sous mon sein la grenade" ?

Eh bien, que sous la rondeur et le côté rassurant du sein se cache la puissance sous-estimée des femmes.

Parce que le sexisme sévit aussi dans le monde de la musique ? Vous en avez fait les frais ?

Pas plus qu’ailleurs. Je n’ai jamais connu de harcèlement, mais juste une sensation d’être sous-estimée quand, par exemple, j’arrivais seule avec ma guitare et que les techniciens se ruaient vers moi pour me montrer comment la brancher, etc. Je ne suis pas sûre qu’ils en auraient fait autant avec un garçon.

Un autre titre de votre album, "Sainte-Victoire", contient une phrase qu’on n’imaginerait pas vous entendre prononcer : "Je n’ai pas les épaules pour être une femme de mon époque." Vraiment ?

A travers cette chanson, je refuse d’être tout ce que la société attend de moi, de cumuler les casquettes d’infirmière, femme au foyer, femme-objet, pin-up. Notre époque attend des femmes qu’elles soient à la fois Kim Kardashian et Jackie Kennedy, c’est-à-dire beaucoup et l’irréalisable, comme la jeunesse éternelle. Cela nous met une pression infernale. Moi, je veux juste être moi-même et c’est un énorme travail de s’accepter. Ce travail, je le fais par la scène ; c’est le public qui m’apprend à m’aimer.

“J’ai subi des moqueries sur mon physique”

Clara Luciani ne s’aime pas ? Mais vous pourriez être mannequin !

J’ai été tellement tourmentée dans mon enfance que je suis très encombrée de mon corps. Petite fille, c’était très difficile : je mesurais 1,76 m à 11 ans, j’avais un appareil dentaire, des lunettes quadruple foyer, un monosourcil… Du CP jusqu’au début du lycée, j’ai subi tellement de moqueries, d’insultes sur mon physique qu’aujourd’hui, quand je me regarde dans le miroir, je me revois exactement comme j’étais à 12 ans, c’est très dur d’oublier cela et de s’aimer encore. Et puis avec les années, je me suis dit, et alors ? Plus que mon apparence, j’essaie de cultiver mon esprit. Parce que qu’est-ce que la beauté ? Ça meurt, ça flétrit, ça change, cela ne veut rien dire, c’est inconséquent alors que ce qui reste, c’est autre chose, comme l’humour. Je trouve tellement plus important d’être drôle que d’être beau. Je m’ennuie très vite avec des gens qui sont parfaitement beaux, mais qui n’ont rien à m’apprendre.

Cet album a été écrit suite à un chagrin d’amour. Vous avez réussi à transformer un moment difficile en tremplin artistique.

Quand il nous arrive un problème, je crois qu’on a toujours deux façons de se positionner : soit on reste dans son lit à se dire que c’est la fin des haricots et qu’on va mourir, soit on se dit OK. C’est un sentiment super puissant, la tristesse. J’ai simplement décidé de ne pas me laisser submergé par cela et plutôt l’utiliser pour autre chose. Ce chagrin est devenu le terreau de mes chansons et de mon imaginaire, cela a été un moment important.

En quoi cela vous a transformée comme femme ?

Ce chagrin était lié à mon premier amour. Et je crois qu’on ne sait pas gérer la première fois qu’un tel bouleversement vous arrive. On tombe vite dans l’écueil d’un amour très destructeur, très passionnel, où l'autre est la réponse à tout, et je ne pense pas que ce soit la manière idéale d’aimer. Aujourd’hui, je ne mets plus personne au centre de ma vie, je ne cherche plus le bonheur dans autrui.

L’autre grande gagnante des Victoires de la musique a été Angèle. Un mot sur elle ?

Angèle est tellement une belle personne que dès qu’on la rencontre, on se dit qu’il y a une justice sur cette terre, qu’il arrive que les bonnes personnes vivent quelque chose d’extraordinaire juste parce qu’elles le méritent. Elle mérite tout ce qui lui arrive de par son talent et de par ce qu’elle est humainement. On aime beaucoup rire toutes les deux, on se rejoint sur ce terrain-là.  

Il paraît qu’en dehors de la musique, vous avez des talents cachés...

Ah oui, je tricote et adolescente, j’ai beaucoup pâtissé. Si je devais me reconvertir, ce serait dans une carrière manuelle. Il y a quelque chose de très anesthésiant dans le tricot, dans la répétition du geste, c’est presque méditatif. J’ai besoin de fabriquer des choses de mes mains, c’est ce qui me manque dans mon métier où on peut passer des mois sur une chanson et au final, elle reste quelque chose de très immatériel, alors qu’il y a une satisfaction dans un travail matériel. La somme des heures passées se matérialise devant vous en objet, c’est émouvant, gratifiant.

 

ARTICLES SPONSORISÉS AILLEURS SUR LE NET