Que vaut la série italienne "Il Miracolo" ?

La série "Il Miracolo" questionne les travers de notre société. © Antonello Montesi / Sky
La série "Il Miracolo" questionne les travers de notre société. © Antonello Montesi / Sky

Arte diffuse "Il Miracolo", de l’écrivain italien Niccolò Ammaniti. Primée en festivals, plébiscitée dans la Péninsule, cette série mélange les genres. Et ça fonctionne ?

Au cours d’une opération musclée au domicile d’un boss de la mafia, les forces de l’ordre tombent, parmi les biens séquestrés, sur la statuette d’une Madone qui... pleure du sang. Entreposée dans une piscine désaffectée placée sous scellés, cette Vierge de plastique de moins de 3 kg est capable de suinter, par jour, près de 600 litres d’hémoglobine. Devant ce mystère insondable, le Président du Conseil est convoqué et pendant que s’affairent chimistes et biologistes, il doit affronter une autre crise : celle du référendum qui appelle les Italiens à se prononcer pour ou contre la sortie de l’Union européenne. Et il faudra bien un miracle pour que la Péninsule ne plonge pas dans le chaos...

Tel est le point de départ de "Il Miracolo", qui à rebours de son titre, est loin d’être mystique. Elle est au contraire ancrée dans la réalité bancale d’un pays et rassemble des personnages tordus, violents, en proie à leurs démons intérieurs.

Tournée à Rome, en Calabre et en Belgique, cette série transalpine fut accueillie dans son pays comme un événement. C’est en effet la première œuvre visuelle d’un prodige de la littérature italienne, par ailleurs traduit en français chez Grasset et dont les romans ont été transposés à l’écran : Niccolò Ammaniti.

Après des études abrégées de biologie, il publie un premier roman, "Branchies", dont l’adaptation cinématographique suit rapidement. Son best-seller "Je n’ai pas peur" reçoit le prix Viareggio,l'un des plus grands prix littéraires en Italie, et est lui aussi adapté au cinéma sous le titre "L’été où j’ai grandi ". Et sa nouvelle "Moi et toi " fut adaptée par Bernardo Bertolucci, excusez du peu.

Mais dans la tête de cet athée trottait, depuis un certain temps, l’image d’une Vierge ensanglantée. "Je ne suis pas croyant mais je suis fasciné par les miracles, ceux qui ne s’expliquent pas et par la manière dont ils bouleversent la vie des hommes", explique-t-il quand on lui pose la question de la genèse de cette série, qu’il a réalisée. Parce que, pour la première fois, il a senti que le langage visuel convenait mieux à la déclinaison de son imaginaire.

Dès le premier épisode, la maîtrise de l’image d’Ammaniti impressionne : son sens des plans, sa capacité à installer une ambiance, à laisser le silence de l’atmosphère nous raconter l’étoffe complexe d’un personnage.

Un casting cinq-étoiles

Mais le style Ammaniti est loin d’être contemplatif. Cette Madone énigmatique est une bombe et c’est ce qui se passe après sa découverte qui intéresse l’auteur et rend ces huit épisodes addictifs. "Au début, cela paraît incroyable, mais l’être humain est capable de métaboliser des choses surprenantes. Raconter ce prodige permet d’aborder des problématiques sérieuses, dramatiques mais aussi des situations oniriques, parfois grotesques. Le sujet de la foi vous oblige à vous confronter à votre passé, votre culpabilité, vos obsessions, ce que vous avez en vous et ce que vous voulez. Cela vous oblige à regarder en vous et à faire ressortir vos sentiments les plus viscéraux ", expose le réalisateur.

De fait, portée par un casting cinq-étoiles, sa galerie de personnages explore les tréfonds de l’âme. Au premier rang, le père Marcello, qui mate des pornos, est addict au sexe et aux machines à sous, escroque ses paroissiennes, fricote avec la délinquance. Un animal que le scénario va transfigurer.

Des brutes, Ammaniti sait en dessiner, et elle sont encore plus marquantes quand ce sont des femmes à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. La First Lady de l’histoire, sous des dehors BCBG, est une crapule au bord du divorce qu’on adore détester.

Face à elle, son Premier de mari, à la classe transalpine, se débat avec le poids des responsabilités en tentant de ne pas y perdre son flegme. Incarnée par le magnétique Guido Caprino, vu dans la production internationale "Les Médicis", cette figure de l’autorité politique symbolise cette gauche européenne en crise d’affection de ses concitoyens.

Car "Il Miracolo", avec sa bande-son punchy et décalée, personnage à part entière, questionne notre époque autant qu'elle oppose habilement vérités scientifiques et croyances, logique et irrationnel.

Un petit bijou que ce Made in Italy, à voir de toute urgence.

"Il Miracolo" est disponible sur arte.tv/fr.

Les prochains épisodes seront diffusés jeudi 17 janvier, à 20h55, sur Arte.

 

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