Politique et réseaux sociaux : danger pour le citoyen ?

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La campagne en vue du scrutin du 14 octobre se déroule aussi sur le Net. Ce virage numérique de la politique change-t-il la donne pour la démocratie ? Enquête avec Arnaud Pilet, auteur de l’enquête de ce soir.

Vous résumez votre reportage par cette question : "Comment les partis politiques nous espionnent ?" Après le scandale Cambridge Analytica et le RGPD, le règlement européen pour la protection de nos données, on a l’impression d’être bien loin des élections à la Trump, truffées de manipulations. Ce n’est pas le cas ?

Le RGPD est un grand pas en avant, c’est certain, il empêche notamment de faire du ciblage aussi précis qu’auparavant. Par contre, le citoyen n’a pas forcément changé ses habitudes, il continue de cliquer qu’il a accepté les conditions sans prendre le temps de vraiment lire… Ceci précisé, nous avons voulu savoir si les partis politiques belges faisaient du ciblage. Donc, s’ils s’adressent aux citoyens de manière orientée, c’est-à-dire s’ils parlent via les réseaux d’une telle thématique à untel parce qu’il y est plus sensible et pas du tout à un autre qui a un avis opposé. Entendons-nous, cela a toujours existé. Un politicien qui rencontre des électeurs potentiels sur la place du marché peut promettre une chose à X et le contraire à Y. Mais ce qui change avec les réseaux sociaux, c’est le manque de transparence. Une personne ne se rend pas compte que ce discours n’est dirigé que vers elle parce qu’elle a été identifiée par un tel parti comme faisant partie d’un groupe d’intérêt.

Alors, dévoilez-nous un peu ce que vous nous relaterez ce soir. Sous quelle forme les partis belges font-ils campagne sur le Net ?

Vous aurez déjà vu apparaître comme moi sur votre mur Facebook des "pubs" de candidats. Les partis demandent à Facebook de n’envoyer ce message qu’à un groupe d’électeurs potentiels sélectionnés sur base de certains critères. Il faut aux algorithmes de Facebook moins de likes de votre part que vous croyez pour vous connaître mieux que votre conjoint ! Cela présente l’avantage pour les partis de réduire les coûts de leur campagne. Mais il ne faut pas être alarmiste, les partis belges, même s’ils utilisent chacun à leur façon les réseaux sociaux comme nous l’expliquerons dans le reportage, sont convaincus qu’ils ne font pas là leurs voix. Ce que confirment les experts que nous avons consultés.

Avez-vous poussé l’investigation au-delà de nos frontières pour confronter les exemples des voisins européens ?

Oui, nous nous sommes rendus à Londres à la découverte d’un logiciel qui permet aux partis politiques de faire du ciblage en récupérant des informations. Ce programme a été utilisé aux USA, mais aussi en France par le mouvement En Marche de Macron, par Mélenchon, Fillon, Juppé, et chez nous par le PTB et Groen. En Belgique, nous ne sommes qu’aux balbutiements du recours à cette technologie.

Quels sont les dangers pour la démocratie que vous pointez ?

Plusieurs aspects éthiques sont mis en évidence par des chercheurs. L’un des risques est que les algorithmes renforcent les opinions. Ils ne vous proposent que les contenus qui véhiculent les mêmes messages. Donc, vous vous retrouvez enfermé dans un système de pensée et cela vous empêche d’être confronté aux opinions contradictoires. C’est dans ce sens, entre autres, que le débat démocratique est un peu remis en cause.

"Questions à la Une", ce soir à 20 h 25 sur la Une.

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