Pierre Kroll pointe sa mine en France

Kroll fait le bilan avec la sortie de deux nouveaux albums © Reporters
Kroll fait le bilan avec la sortie de deux nouveaux albums © Reporters

En plus de l’album "Et c’est normal, tout ça ?", paraît un beau livre de 400 pages, "C’est très drôle et d’ailleurs c’est belge !", pour que les Français le découvrent enfin !

Il y aura du poids sous le sapin de Noël avec « Et c’est normal, tout ça ? » et « C’est très drôle et d’ailleurs c’est belge ! », une sélection de vos meilleurs dessins. Vous attaquez le marché français ?

L’idée ne vient pas de moi. La question de me publier en France revenait souvent, sans aboutir ni me tracasser. Je dessine sur l’actualité belge, c’est normal que ça n’intéresse pas au dehors de nos frontières. Mais j’ai été séduit par la proposition des Arènes, un éditeur français qui publie de la BD, mais aussi des beaux livres. Il a eu envie de montrer aux Français mon travail depuis trente ans, pas de lancer ma carrière là-bas. Je leur ai d’ailleurs dit qu’ils voulaient éditer un livre d’hommage « comme si j’étais mort ». Si je meurs, c’est parfait, la compile est déjà prête !

Comment s’est opérée la sélection ?

J’avais un droit de veto et j’avais mes indispensables, sinon, j’ai laissé faire. Le critère était : il faut que ce soit drôle et que le dessin ait une patte. C’est Ariane, mon assistante, qui a choisi ses coups de cœur parmi 20 000 dessins qu’elle a archivés. Le graphiste, très artiste, a ajouté son regard. C’est comme ça qu’on a parfois un dessin agrandi sur deux pages. En Belgique, les gens me connaissent tant qu’ils ne prêtent plus attention qu’au sujet traité, plus au dessin en lui-même. Ici, j’ai ce plaisir d’être regardé autrement, de voir mon travail de dessinateur mis en valeur.

Vous proposez une kyrielle de thèmes, comme les stars, les vacances, les présidents, la mort…

On a repris l’idée d’un abécédaire, pour que le lecteur s’y retrouve. Ça permet de créer un rythme, comme dans mes albums annuels, entre les gags bébêtes, légers et les dessins sur des thèmes plus durs. Avec, chaque fois, une petite introduction sur ma manière de dessiner ces éléments.

Quels sont les indispensables de Kroll ?

Le dessin sur l’humour belge, avec les Martiens qui regardent un tableau de Tintin et Milou intitulé « Ceci n’est pas Jacques Brel ». C’est mon plus gros tube, si vous voulez. Comme celui sur l’Union européenne avec, en 1957, six personnes autour d’une table qui demandent un café, et cinquante ans plus tard, vingt-huit qui passent des commandes dans tous les sens. Celui-là, il est même dans des livres scolaires au Danemark.

Vous n’avez pas hésité avant de reprendre aussi l’affaire Dutroux ?

On s’est posé la question. Mais l’album représente tout mon travail de dessinateur, donc aussi ce type de sujet. Ce qu’il y a le moins, forcément, c’est la royauté et la politique belge.

Pour ça, le lecteur achètera « Et c’est normal, tout ça ? ». La politique belge s’y retrouve aux côtés de Trump, Erdogan et de quelques dessins plus légers parus dans « Ciné-Télé-Revue »…

Oui ! Un album pas facile à faire, tant cette année a été morose. Trump, une fois qu’on s’est moqué de sa mèche, que faire encore ? Il faut aller plus loin et ça devient alors compliqué. Il est juste clivant, fait beaucoup réagir, mais sans faire avancer le débat. La politique belge, avec Publifin, c’était aussi complexe. C’est pour ça que j’ai inventé ce Martien qui se balade dans les pages, ébahi par ce qu’il découvre : il apporte lui aussi un peu de légèreté.

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