Nous avons vu “Glass”, la suite attendue d' "Inclassable"

L'ombre d'Elijah Price plane sur "Glass". © Walt Disney
L'ombre d'Elijah Price plane sur "Glass". © Walt Disney

Le dernier volet de la trilogie de M. Night Shyamalan sort ce 16 janvier. Une réflexion déstabilisante mais intelligente et audacieuse sur la mythologie des superhéros.

Revenu en grâce à partir de 2015 grâce au succès du film d’horreur à petit budget ”The visit”, M. Night Shyamalan avait pu réactiver en 2017 un ancien projet, “Split”. Le portrait effrayant et fascinant d’un homme souffrant d’un trouble dissociatif sévère, Kevin Wendel Crumb, à la fois gentil garçon, homme maniaque, femme manipulatrice et bête assoiffée de sang, entre autres choix parmi les 24 personnalités se partageant l’intérieur de sa tête. Le film a été un carton (278 millions de recettes mondiales pour 9 millions d’investissements) qui a complètement remis dans la lumière le réalisateur prodige de “Sixième sens”, devenu totalement has been après une série de longs métrages descendus en flèche (citons “La jeune fille de l’eau”, “Le dernier maître de l’air”, “After Earth”).

M. Night Shyamalan retrouve son acteur fétiche, Bruce Willis. © Walt Disney
M. Night Shyamalan retrouve son acteur fétiche, Bruce Willis. © Walt Disney

"Split" est un film est soufflant par lui-même, avec un James McAvoy phénoménal pour interpréter les 24 personnalités coexistant dans la tête de Crumb. Mais c’est avec son final d’anthologie que Shyamalan a achevé de mettre son public K.-O. Une simple apparition accoudé au comptoir de Bruce Willis vient relier sans jamais l’avoir laisser deviner “Split” à “Incassable”, sorti 17 ans plus tôt.

Elle fait de “Split” le deuxième épisode d’une trilogie cachée et transcende complètement le thème de la psychopathie du personnage principal. La Bête n’est pas la création monstrueuse d’un esprit malade, c’est peut-être bien un être maléfique mais tout ce qu’il y a de réel et que seul un superhéros comme David Dunn dans “Incassable”, peut combattre. Tout le sujet du troisième et dernier épisode se dessine, avec en prime le face-à-face avec l’homme de verre, Mr. Glass, toujours incarné par Samuel L. Jackson. Le twist le plus gigantesque de l'histoire du cinéma!

Alors, qu’est-ce que “Glass”, ultime volet d’une saga cachée, nous révèle comme surprises? Plutôt de très bonnes choses pour la critique, même s’il va une nouvelle fois désarçonner son public. “Glass” est un grand film, intelligent et audacieux. Sans concession, aussi. M. Night Shyamalan, revenu du purgatoire des réalisateurs, mène sa barque comme il l’entend, avec le final qui lui plaît.

Sa trilogie des superhéros se profile ainsi comme l’antithèse parfaite des productions Marvel et DC Comics. Pas de démesure, de villes qui s’envolent et explosent, mais un quasi huis clos faisant volontairement référence à “Vol au-dessus d’un nid de coucou”, le chef-d’oeuvre de Milos Forman avec Jack Nicholson.

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Dans "Glass", Bruce Willis a enfin accepté d'être le "Superviseur", un superhéros. © Walt Disney

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Dans "Split", James McAvoy se partageait entre 24 personnalités différentes. © Archives CTR

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Dans "incassable", Samuel L. Jackson était l'homme de verre, dont les os se brisent au moindre choc. © Archives CTR

Après une introduction en trompe-l’oeil qui confronte le “Superviseur” (Bruce Willis) à la Bête, comme une amorce à un “Avengers” du pauvre, c’est direction l’hôpital psychiatrique, où nos deux lascars retrouvent Mr. Glass face à une spy (jouée par une impassible Sarah Paulson) décidée à leur faire voir à quel point ils vivent dans un fantasme. Et si elle avait raison? Si toutes les choses incroyables qu’ils ont accomplies, en bien comme en mal, avaient une explication rationnelle et réaliste? S’il étaient simplement pas bien dans leur tête? Juste les victimes d’un bon gag, comme les chevaliers de “Monty Python: sacré Graal”, stoppés net dans leur quête par la police britannique?

C’est le plat principal du film, où le réalisateur se délecte à décortiquer toute la mythologie des superhéros et des comics. Mais évidemment, il y a un loup, et même plusieurs… Des twists presque en cascade. A notre sens, c’est même un des rares défauts du film: à force de chercher à conduire l’histoire vers un final inattendu, Shyamalan emprunte des voies déjà sillonnées par d’autres films (qu’il est impossible de citer sans spoiler).

Aujourd'hui, dans
Aujourd'hui, dans "Glass", les voici tous à l'asile! © Walt Disney

Après, le film va diviser. Et c’est très bien. Virtuose de la caméra, capable de plans-séquences géniaux aux antipodes du cinéma américain actuel, Shyamalan a parfois des naïvetés dans ses scénarios qui peuvent flirter avec le ridicule. La matière même de sa trilogie - des hommes qui sont peut-être des superhéros qui s’ignorent -, pourrait vite prêter le flanc à des critiques acerbes. Il faut accepter d’entrer dans le jeu, sinon l’affrontement décisif entre les trois personnages, tellement éloigné de ce à quoi on s’attend d’habitude, risque de donner l’impression d’avoir été invité à une mauvaise pièce de théâtre. Et pourtant, sa dureté est devenue une rareté aujourd’hui dans le cinéma américain.

Son premier public, qui est peu ou prou le même qui va voir les Avengers ou la Justice League, n’est peut-être pas en attente d’un film qui décortique l’arrière-fond psychologique de ces blockbusters, mais “Glass” s’inscrit parfaitement dans la logique sombre de la trilogie et s’impose comme un grand film. C'est là tout le pari!

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