"Ni juge ni soumise" : le docu qui fait un carton

 CinéART
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Le "Strip-tease" version cinéma attire les foules. Rencontre avec sa protagoniste, la juge d’instruction atypique : Anne Gruwez.

Dès avant sa sortie, le 21 février, tous les médias en parlaient. Et pour cause, les piliers du magazine-culte "Strip-tease", Jean Libon et Yves Hinant, revenaient à la charge avec un film documentaire, fruit d’un travail de trois ans. Avec tous les codes qui ont fait leur succès : une peinture magistrale de la société, où surréalisme et crudité sans filtre le disputent à la drôlerie canaille de la vie dans ses aspects sordides. Le rendu ne serait pas aussi magistral s’ils n’avaient convaincu la juge d’instruction Anne Gruwez de filmer son quotidien. Et notamment ses péripéties pour retrouver l’assassin de deux prostituées. Un cold case d’il y a vingt ans pour lequel elle ira jusqu’à faire déterrer un cadavre presque frais pour prélèvement d’ADN.

Anne Gruwez est un personnage en soi, croisement entre Yolande Moreau et la nonnette comparse de Louis de Funès, car, oui, madame la juge ne conduit que des 2 CV, mais avec toute la zwanze de la Brusseleir pure souche.

Les critiques sur le film sont élogieuses, et elles sont partagées par le public. "Ni juge ni soumise" a attiré 10 000 spectateurs en quelques jours, et il continue à faire un carton dans les salles. L’action en justice dont il fait l’objet devrait pousser davantage la curiosité. Une des personnes filmées dans le bureau d’Anne Gruwez a saisi le tribunal pour que soit interdit sa projection. Elle conteste avoir manifesté son accord pour que soit diffusée son audition. Selon ses dires, les faits ont eu lieu il y a cinq ans, elle n’aurait signé qu’un document sommaire ne lui présentant pas le projet sous sa forme actuelle. La cour de cassation devra trancher. En attendant, "Ni juge ni soumise" reste à l’affiche. Pour le plus grand bonheur d’Anne Gruwez, qui reçoit félicitations et encouragements du public.

Comment vivez-vous cette notoriété ?

J’ai envie d’en profiter pleinement, et en même temps, j'ai une petite boule dans le ventre. Mais les gens sont tellement gentils. Je découvre un monde qui correspond plus à mon caractère primesautier, c’est formidable.

Vous êtes égale à vous-même dans ce film. Vu votre métier, vous devez adorer les séries policières !

Ah non ! cela m’insupporte. En 50 minutes, les scénaristes placent toujours trois histoires : l’enquête policière, l’élément sentimental et l’élément de stress personnel, je vous laisse conclure à l’absurdité du format !

Dans votre bureau, la réalité dépasse la fiction. C’est une succession de tableaux tétanisants que le spectateur ne peut s’empêcher de regarder. Parce que le morbide fascine autant qu’il rebute ?

Les faits divers, c’est nous. Nous avons tous quelque part en nous, latente, une pulsion meurtrière, de faire du pognon, sexuelle, de sadisme. Le délinquant, lui, fait un pic de cette pulsion, dépasse la censure ; il représente l’absence d’interdits sur des pulsions que nous portons tous en nous. C’est l’effroi et l’attirance, et en même temps, il nous permet d’éjecter la pulsion que nous avons en nous, c’est la catharsis, c’est hyperconnu depuis l’Antiquité !

Face aux délinquants de tous ordres, vous ne vous êtes jamais laissé désarçonner ?

Les gens s’étonnent que rien ne me décontenance. A cela, je réponds que le métier prime. Je dois serrer au plus près les faits et la personnalité pour que le juge qui condamnera ou acquittera puisse se rendre compte de l’état dans lequel était la personne au moment des faits. C’est au cœur du métier du juge d’instruction d’apporter au procès les éléments qui vont permettre tant à l’accusation qu’à la défense de requérir ou plaider à la fois les faits et la personnalité.

Après autant d’années de pratique, vous n’avez pas perdu sa foi en la nature humaine ?

L’autre, quel qu’il soit, me sauvera toujours, parce qu’il devient mon intérêt dans lequel je me jette, comme dans la mer salvatrice. Depuis 2010, de ma rencontre avec Tahar Elhamdaoui, assistant social, nous avons mis en place le Dispositif relais, un programme d’accompagnement des détenus. En prison, nous établissons avec le détenu un projet de vie pour sa sortie. Ensuite, ce contrat est proposé au juge et nous accompagnons la personne dans les démarches dans lesquelles elle s’est engagée. L’autre principe est "la porte ouverte", il ne s’agit pas de prendre rendez-vous auprès de son "référent". A travers cela, le détenu se sent exister et reconnu, ces deux notions sont capitales pour la réinsertion.

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