Michel Blanc : “Parler de sujets graves avec légèreté, en ce moment, ce n’est pas de la tarte"

Michel Blanc au FIFF. © Reporters
Michel Blanc au FIFF. © Reporters

Après seize années uniquement devant la caméra, l’ancien du Splendid revient à la réalisation avec “Voyez comme on danse”, une comédie chorale aux dialogues étincelants, en salle depuis ce mercredi.

Lui qui avait réalisé quatre films en dix-huit ans, de “Marche à l’ombre” à “embrassez qui vous voudrez” en passant par “Grosse fatigue” et “Mauvaise passe”, aura mis plus de seize avant de revenir avecVoyez comme on danse, une comédie chorale née comme une suite d’”Embrassez qui vous voudrez” qui viendrait prendre des nouvelles des personnages. Certains n’ont pas été repris, d’autres sont arrivés, pour une ronde jubilatoire, relevée comme une bonne sauce par des dialogues irrésistibles, comme on en entend trop rarement. Carine Viard, Charlotte Rampling, Carole Bouquet, mais aussi Jacques Dutronc, Jean-Paul Rouve et William Lebghil valsent avec leurs soucis d’argent, leurs peines de coeur, leurs trahisons, leurs petites ennuis judiciaires et leurs angoisses pour mieux nous faire sourire. On peut rire de sujets graves? Oui, il suffit d’arrêter de prendre la vie trop au sérieux. Nous avons eu l’occasion de parler de son nouveau film avec Michel Blanc durant le Festival international du film francophone de Namur. Une interview parue la semaine dernière dans le Ciné-Télé-Revue. Extraits et petits compléments…

© Cinéart
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Pourquoi être resté seize ans sans tourner, entre “Embrassez qui vous voudrez” et “Voyez comme on danse”, sa suite ?

Parce que je n’avais rien à dire avant, et autre chose à faire ! J’aime la mise en scène, mais aussi mon métier d’acteur. J’ai eu ces dernières années les propositions dont je rêvais depuis longtemps, des rôles qu’on ne me proposait pas avant, comme dans “L’exercice de l’Etat”. J’aime incarner ce type de personnage entièrement dévoué à une cause qu’il estime plus importante que sa propre vie. On m’a aussi proposé d’adapter deux romans, comme scénariste, que j’aurais pu éventuellement mettre en scène. “Une petite zone de turbulences”, je rêvais d’y diriger Christian Clavier. Mais lui y voyait des côtés très noirs qui auraient été desservis si nos deux noms y avaient été associés. Les gens auraient attendu une comédie et auraient été déçus. Du coup, ébranlé, je n’ai plus eu envie de le réaliser, et j’ai pris le rôle. Pour “Un petit boulot”, mes rapports avec le producteur étaient compliqués, je ne comprenais pas toujours ce qu’il avait en tête. La base sociale du film est grave, même si c’est une comédie. C’est un peu comme la comédie sociale anglaise, à la “Full Monty”. j’ai craint que la critique me traite d’opportuniste, vu le lourd passif comique que je trimballe ! J’ai manqué de courage, je me suis dégonflé. J’aurais dû me dire : “Je m’en fous”. c’est un regret. d’autant plus qu’on l’a tourné en Belgique, un pays que j’adore pour travailler. Ce qui me réconforte, c’est que ce pauvre Pascal Chaumeil l’a très bien réalisé. Il est décédé juste après sans que je ne me sois jamais douté de la gravité de son état. On savait qu’il avait été mal, mais on le croyait en rémission. Et puis, pas du tout.

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Pour “Une petite zone de turbulences”, c’est plutôt l’avis du public que vous avez craint. Là aussi c’est un regret?

Mais moi je voulais le faire au départ. Il ne faut pas écouter les gens, il faut proposer ce qu’on aime, ce qu’on est et pas ce qu’ils attendent. Et espérer qu’il y aura une rencontre. Sinon, on fait de la télévision ! Parce que les gens, eux, ils voudront revoir ce qu’ils ont aimé, et ça vous tirera en arrière.


Qu’est-ce qui vous a motivé à retrouver les personnages d’"Embrassez qui vous voudrez" ?

Les actrices, Charlotte Rampling, impériale, Carole Bouquet, Carine viard, et Jacques Dutronc. Et des acteurs que j’avais envie de diriger, comme Jean-Paul Rouve, William Lebghil, rencontrés sur “Les souvenirs”, puis dans “Les nouvelles aventures d’Aladin”. J’ai vu une comédie possible avec leurs histoires d’amour sur le point de se péter la gueule.


Convaincre Jacques Dutronc de sortir de sa retraite corse n’a pas été trop compliqué ?

Jacques m’a fait le plus beau compliment qui soit : “Ho, si c’est pour toi, je viens !”  Entendre cette réponse, ça m’a fait plus que ma journée! Charlotte, dès qu’elle a su que Jacques en était, elle a donné son accord. Ils jouent deux espèces d’aigles mutiques mais qui ne se quitteront jamais. Elle n’aurait pas voulu le tourner sans lui.


© Cinéart
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Sous couvert de comédie, aux dialogues ciselés, le film aborde plusieurs sujets graves. N’est-ce pas devenu plus compliqué aujourd’hui ? Dès qu’on aborde des sujets un peu frileux, genre l’argent, le racisme, l’homosexualité, le handicap, des lobbys vous tombent sur le râble…

C’est vrai. Par exemple, si on tournait "Tenue de soirée" aujourd’hui, je ne suis pas certain qu’on ne se ferait pas démolir. Alors qu’à l’époque, j’ai fait la couverture du journal homosexuel le plus important avec en titre “Touche pas à la femme blanche”! Parler avec légèreté de sujets graves, je peux vous dire qu’en ce moment, ce n’est pas de la tarte ! Pourtant, ce n’est pas parce qu’on fait une comédie qu’on ne peut pas aborder des sujets graves. Au contraire, si on y va avec élégance, en faisant en sorte qu’on finisse par en rire de la bonne manière.

© Cinéart
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