Le sacre d'"Insyriated" aux Magritte

Ce 3 février avait lieu la 8e édition des Magriitte, qui a sacré ''Insyriated". © Magritte du Cinéma
Ce 3 février avait lieu la 8e édition des Magriitte, qui a sacré ''Insyriated". © Magritte du Cinéma

Lors de la 8e édition des prix du cinéma belge, le film de Philippe Van Leeuw a reçu 6 Magritte, dont meilleur réalisateur et meilleur film. Déception pour "Noces", qui doit se contenter de deux prix.

Ce 3 février au Square s’est déroulée la déjà 8e édition des Magritte du cinéma, pour la première fois organisés par la RTBF et diffusés en direct sur La Deux. En excellent maître de cérémonie, Fabrizio Rongione reprenait pour la troisième fois les rênes de la cérémonie, après avoir brillé en 2013 et 2104. Tout commence avec une première capsule détournant certaines scènes de sa filmographie, réadaptées à la sauce Magritte. Succulent. Il enchaîne avec son entrée, dansante et de belle facture. Suit un festival de vannes mordantes et particulièrement inspirées qui mouchent surtout les représentants politiques francophones, CDH, PS et MR réunis. Pour le premier, il appelle à applaudir la ministre de la Culture, Alda Greoli : ‘’Le CDH, vous êtes à 5 %, c’est ça. Vous êtes en voie d’extinction, non ? Ça vous change des mutualités chrétiennes, mais vous ne serez pas dépaysée, il y a beaucoup de malades aussi ici !’’ Un petit mot pour le PS aussi, en parodiant le scénario de ‘’Paris pieds nus’’ qui devient ‘’Mons pieds nus’’, sur un petit ‘’vieux que son parti veut mettre dans un home’’. Rongione évoque ensuite la sélection de ‘’Noces’’, y allant d’un percutant ‘’en parlant de mariage forcé, je vous demande d’applaudir le sponsor de la soirée, BNP Paribas. C’est alors au tour de ‘’Chez nous’’, sur l’extrémisme de droite, simple et irrésistible : ‘’Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à rejoindre des partis nationalistes et populistes ? Bonjour M. Reynders. Vous avez vu ‘’Star Wars’’, vous avez rejoint le côté obscur de la Force, mais je suis sûr que vous avez du bon en vous.’’

Des claps et des claques

La présidente de cette huitième édition, Natacha Régnier, actrice récompensée en 1998 pour son interprétation dans "La vie rêvée des anges", se lance ensuite dans un discours plus solennel, même si c’est en essayant de l’épicer un peu d’une pointe d’humour et d’accent belge, et qu’elle le termine en brandissant elle aussi son Time’s Up avant de déclarer cette huitième audition ouverte.

Dès le premier prix, première surprise : Maya Dory obtient le trophée de meilleur espoir féminin pour son rôle dans "Mon ange", là où tout le monde pariait sur la jeune Fantine Harduin, énorme dans ‘’Happy end’’ face à Jean-louis Trintignant, voire sur Adriana Da Fonseca, éclatante de fraîcheur et de talent dans ‘’Even lovers get blues the blues’’. Lui succède très vite Soufiaane Chilah Meilleur espoir masculin pour ‘’Angle mort’’ (‘’Dode hoek’’).

Après ce moment un peu guindé, arrive Alex Vizorek pour remettre (‘’ça n’a rien à voir avec l’envie de vomir’’) le Magritte du meilleur scénario, avec le brio qu’on lui connaît : ‘’Toujours chouette quand la gauche organise une soirée de droite. On aime les Magritte car chaque fois, c’est un Belge qui gagne. Ou un Flamand.’’ Et de se lancer dans une charge hilarante avec ‘’Theo Francken nominé dans ‘’Chez nous’’, avec Charles Michel comme figurant, Pascale Pereita et Yvan Mayeur pour ‘’Noces’’, Laurent le prince pour ‘’King of the Belgians’’, un drame social. On souffre avec lui !’’ Ça tape dur et on adore, on est un peu chez Ardisson. Le prix du meilleur scénario, lui, revient à ‘’Insyriated’’, de Philippe Van Leeuw. C’est aussi le premier à échapper à ‘’Noces’’.

"Insyriated", le grand gagnant de la soirée avec 6 Magritte. © Archives CTR


Le meilleur premier film est ensuite attribué à ‘’Faut pas lui dire’’, de Solange Cicurel, produit par Diana Elbaum, la comédie avec Jenifer. Cicurel qui insiste sur sa surprise de l’obtenir pour une comédie romantique. ‘’Les Français n’auraient pas osé. (…) On n’a pas de prix quand on tourne dans des comédies romantiques’’, remercie la réalisatrice. C’est encore une fois un outsider qui l’emporte. Moment succulent ensuite avec Sébastien Houbani et Lina El Arabi, de jeunes espoirs qui se sont bien marrés à propos de notre belgitude, pour remettre le prix du meilleur montage. Le prix va à Sandrine Deegen pour ‘’Paris Pieds Nus’’. Et échappe donc à ‘’Noces’’, mais le choix est tout à fait cohérent tant les effets de ce film burlesque reposent sur un montage au cordeau très réussi.

Suivent les prix techniques, les prix du meilleur court métrage et meilleur court métrage d’animation, avec notamment pour les remettre Mourade Zeguendi, vu dans ‘’Les barons’’, qui se lance dans un sketch très engagé pour les migrants et apostrophe le ministre George Clooney (Reynders). On a senti un peu de tension. Aussi quand il parle des ‘’artistes belges blessés en ce momentt’’ et appelle à lancer le #BalanceTonContrôleurdel’Onem. Grand moment ensuite quand la Française Alison Wheeler, future Mademoiselle Jeanne et youtubeuse célègre, rend hommage au tableau "Ceci n’est pas une pipe", de Magritte, qui a inspiré tant ‘’de directeurs de casting’’, avant de remettre le prix de la meilleure musique !

Le ‘’Monsieur Cinéma’’ de la RTBF, Hugues Dayez, vient remettre ensuite le Magritte d’honneur à Sandrine Bonnaire, retraçant longuement sa carrière dans un style qui ne devrait pas déplaire aux amateurs des récits de l’oncle Paul. Le discours de Sandrine, qui remercie le cinéma belge, restera comme l’un des plus poignants. C’est d’autant plus drôle de voir Nawell Madani lui succéder pour le trophée du meilleur second, qui patine en mélangeant ‘’ET’’ et les migrants de Calais.

Sandrine Bonnaire, très entourée après avoir reçu un émouvant <magritte d'honneur. © JJLecocq
Sandrine Bonnaire, très entourée après avoir reçu un émouvant <magritte d'honneur. © JJLecocq

‘’Du de la le Magritte’’

Deuxième capsule, avec Emilie Dequenne, Yoann Blanc, Fabrizio Rongione, ces stars que personne ne connaît, interviewées par Cathy Immelen. Très drôle dans l’hypocrisie dévoilée. Patrick Ridremont réussit un sketch qui tient de la haute voltige sur l’écriture inclusive, cette aberration linguistico-sociale qui veut garder féminin et masculin dans le texte (le la nominé.e…). C’est l’occasion pour Stephan Streker, le réalisateur de ‘’Noces’’, dont le film est en compétition aussi aux César comme meilleur film étranger, de venir sur la scène remercier son actrice Aurora Marion récompensée comme meilleur second rôle dans ‘’Noces’’ mais absente ce soir.

"Noces", de Stephan Streker, repart avec deux Magritte © Archives CTR


Le Magritte de la meilleure réalisation consacre le sacre d’‘’Insyriated’’, tandis que ‘’Home’’, l’un des plus beaux films de la soirée, dû à la réalisatrice Fien Troch, suit comme meilleur film flamand. Surprise ensuite avec Ingrid Heiderscheidt qui vient parler des ‘’Machins’’, les petits prix un peu foutraques remis la veille (prix de l’armurier, de la speakerine à temps partiel), qui remet le Magritte du documentaire à ‘’Burning out’’, de Jérôme le Maire, qui s’est lancé dans un plaidoyer sur un genre en danger en matière de financement. Sensation avec le Magritte du meilleur film étranger en coproduction qui revient à ‘’Grave’’, le film d’horreur anthropophage très remuant de Julia Ducournau. ‘’Je suis une femme et c’est un premier film, autant vous dire que je n’avais pas prévu de discours’’, a entamé la réalisatrice, avant de parler de son expérience d’un tournage franco-wallo-bruxello-flamand. On imagine comme elle a dû avoir du mal à s’y retrouver !

Déception pour François Damiens

L’acteur flamand Peter Van Den Begin reçoit le Magritte du meilleur acteur dans ‘’King of the Belgians’’. Aussi acteur principal d’‘’Angle mort’’, qui aurait beaucoup plus mérité la nomination, il rafle le prix au nez et à la barbe de François Damiens, qui repart encore bredouille. Ça en devient presque une embrouille digne de ses sketchs. Il était pourtant épatant dans ‘’Otez-moi d’un doute’’. Quel rôle devra-t-il tenir pour enfin être un jour récompensé ? Consolation avec le troisième Magritte de la meilleure actrice, pour ‘’Chez nous’’, récupéré par le réalisateur Lucas Belvaux en l’absence de l’actrice. Le prix tombe dans une ambiance de plus en plus froide. C’est enfin sans surprise ‘’Insyriated’’ qui reçoit son sixième Magritte, du meilleur film.

Emilie Dequenne, Magritte de la meilleure actrice pour son rôle dans
Emilie Dequenne, Magritte de la meilleure actrice pour son rôle dans "Chez nous". © Archives CTR

Peter Van den Begin, Magritte du premier rôle masculin dans
Peter Van den Begin, Magritte du premier rôle masculin dans "The king of the Belgians". © Archives CTR

On retiendra la déception pour ‘’Noces’’, une grande représentation en sélection d’acteurs et films flamands, qui pose un peu question, surtout qu’il y a aussi le Magritte du meilleur film flamand, et le sacre d’‘’Insyriated’’, un film superbe en langue arabe. Des choix qui n’aident pas à la lisibilité pour les spectateurs de l’identité du cinéma belge, de plus en plus dispersée, même si c’est aussi l’une de ses richesses. On retiendra aussi des moments d’humour très réussis, des moments de remerciements plutôt vite expédiés sans être bâclés (un miracle !) et des piques cinglantes contre les partis responsables du sort de la culture en Wallonie et à Bruxelles.
 


LE PALMARES

MEILLEUR ESPOIR FEMININ : Maya Dory, dans ‘’Mon ange’’

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN : Soufiaane Chilah dans ‘’Angle mort’’

MEILLEUR SCENARIO : ‘’Insyriated’’, de Philippe Van Leeuw

MEILLEUR PREMIER FILM : ‘’Faut pas lui dire’’, de Solange Cicurel, produit par Diana Elbaum (Entre Chien et Loup)

MEILLEUR MONTAGE : Sandrine Deegen pour ‘’Paris pieds nus’’

MEILLEURE IMAGE : Virginie Surdej pour ‘’Insyriated’’

MEILLEURS DECORS : Laurie Colson pour ‘’Grave’’

MEILLEURS COSTUMES : Sophie Van Den Keybus, pour ‘’Noces’’

MEILLEUR COURT METRAGE DE FICTION : ‘’Avec Thelma’’, de Raphaël Balboni et Ann Sirot, produit par Julie Esparbes (Hélicotronc)

MEILLEUR COURT METRAGE D’ANIMATION : ‘’Le lion et le singe’’, de Benoît Feroumont, produit par Guillaume Malandrin (Altitude 100 Production)

MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE : ‘’Insyriated’’, de Jean-Luc Fafchamps

MEILLEUR SON : Alex Goose et Paul Heymans pour ‘’Insyriated’’

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE : Jean-Benoît Ugeux dans ‘’Le fidèle’’

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND ROLE : Aurora Marion dans ‘’Noces’’

MAGRITTE DE LA MEILLEURE RÉALISATION : ‘’Insyriated’’ , de Philippe Van Leeuw

MEILLEUR FILM FLAMAND : ‘’Home’’, de Fien Troch, produit par Antonino Lombardo (Prime Time)

MEILLEUR DOCUMENTAIRE : ‘’Burning out’’, de Jérôme le Maire, produit par Arnauld de Battice et Isabelle Truc (AT-Prod)

MEILLEUR FILM ETRANGER EN COPRODUCTION : ‘’Grave’’ de Julia Ducournau, coproduit par Jean-Yves Roubin et Cassandre Warnauts (Frakas Productions)

MEILLEUR ACTEUR : Peter Van Den Begin dans ‘’King of the Belgians’’

MEILLEURE ACTRICE : Emilie Dequenne dans ‘’Chez nous’’

MEILLEUR FILM : ‘’Insyriated’’ de Philippe Van Leeuw, produit par Guillaume Malandrin (Altitude 100 Production)

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