Le docu, c'est du cinéma

Extrait du documentaire "Icare", l'un des meilleurs du catalogue Netflix © Netflix
Extrait du documentaire "Icare", l'un des meilleurs du catalogue Netflix © Netflix

Digne d'un thriller, "Icare", sur Netflix, est le documentaire le plus époustouflant à voir en ce moment. Et pour cause, il est l'illustration parfaite que le genre s'est considérablement renouvelé ! Analyse.

A l’heure où la jeune génération délaisse la petite lucarne de papa pour surfer sur d’autres écrans, les chaînes se décarcassent pour la rattraper dans leurs filets. La preuve avec un changement dans les grilles télé, et de taille, puisque les gros moyens ont été mis question densification de contenu. Depuis le 13 septembre, la chaîne confidentielle AB4 a été rebaptisée ABXplore, et elle offre une programmation dynamisée. Rien que du documentaire, aucunement soporifique, grand public et bourré de testostérone.

On pourrait s’étonner de ce virage "exploration" si l’on oubliait de remettre les choses en perspective. Un événement inattendu a changé la donne dans le paysage audiovisuel : l’imprévisible et phénoménal succès de "Demain", qui a fait se déplacer les foules au cinéma et sera diffusé en prime time le 4 octobre sur la Une. Avec lui, le genre documentaire est sorti de sa case intello. " Parce que nous avons besoin de films qui nous donnent de l’espoir, nous proposent des solutions pour l’avenir, c’est ce qu’on ne trouve pas dans le cinéma ", nous éclaire Isabelle Christiaens, responsable de la coproduction des documentaires au sein de la RTBF.

Marc Bouvier, responsable des documentaires pour la chaîne, lui pointe une évolution sur un autre palier : " Les auteurs de documentaires travaillent maintenant comme des scénaristes de fiction. Le public ne supporte plus la monotonie, la qualité de la narration est devenue centrale dans l’écriture du docu, ils se posent la question de comment structurer un récit, comment constamment capter l’attention. "

A mi-chemin entre la réalité et la fiction

Pour s’en convaincre, il suffit de farfouiller dans la pléthore d’offres documentaires de la plate-forme Netflix. Du générique à la qualité de la direction photo, en passant par des successions de plans qu’on n’avait l’habitude de voir qu’au cinéma, la majorité sont d’une grande qualité esthétique. Léchés dans la facture, ils le sont dans la structure, empruntant les ficelles aux séries américaines, tantôt tissés comme des enquêtes à tiroirs, tantôt tressant des arcs de points de vue. Sans aucune baisse de régime dans le rythme, ils alternent témoignages, images d’archives, plans contemporains. Prenez par exemple " Making a murderer ", " Amanda Knox " et " The Keepers ". Tous trois reviennent sur des faits divers et provoquent une fascination qu’ils gomment d’une manière dérangeante entre la fiction et la réalité.

Avec ces formats sériels, on croyait avoir atteint le summum de l’étonnement. C’était avant que débarque "Icare", l’explosif, primé d'ailleurs au festival de Sundance. L’idée de départ était de se mettre dans la peau d’un cycliste dopé, une sorte de télé-réalité en somme. Le réalisateur Bryan Fogel se transforme en coureur boosté à l’EPO sous la houlette du meilleur dans le domaine : Grigor Rodtchenko, le directeur du labo qui fournissait tous les athlètes russes.

Ce qui devait être une expérience bascule en thriller p

olitique quand le scandale de dopage institutionnalisé en Russie éclate. Le film intègre donc les péripéties déclenchées par ces lanceurs d’alerte. Avec maestria jamais vue. Diversité de plans, rythme haletant, rebondissements, incrustations poétiques sous forme d'animations, les surprises se succèdent tambour battant. S’il vous a échappé dans votre catalogue Netflix, foncez, vous ne le regretterez pas ! La bande-annonce suffit à en donner un avant-goût...

 

L'intégralité de cet article est à lire aux pages 32 et 33 de votre Ciné-Télé-Revue.

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