L’autisme vu par Netflix

La fixette de Sam : se trouver une petite amie.
La fixette de Sam : se trouver une petite amie.

"Atypical" est la série du moment. Au centre, un autiste Asperger aux prises avec ses pulsions d’ado. Décryptage des forces du scénario avec un spécialiste de ce trouble, le docteur en psychologie Eric Willaye.

 Sam, le héros atteint de troubles autistiques, fréquente l’école. L’inclusion est-elle aussi facile que dans la fiction ?

Beaucoup d’enfants souffrant de ce trouble fréquentent l’école maternelle, c’est une réalité dans notre pays. L’entrée à l’école primaire est, par contre, souvent le moment où une orientation vers l’enseignement spécialisé est envisagée. On peut signaler l’initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles concernant la création des classes inclusives avec des enfants dont les handicaps sont plus avérés. Mais en Belgique, il faut reconnaître qu’il n’y a pas de politique inclusive massive. Pour cela, il faudrait un investissement très important en formation des enseignants et en support autour des élèves. Un des dangers de la diffusion de fictions sur l’autisme est de laisser penser aux parents (et au public) que tous les enfants avec autisme ressemblent à celui de la fiction et que leur devenir sera celui des adultes avec autisme qui témoignent dans les reportages. Malheureusement, dans bien des cas, la réalité clinique est bien différente. Pourtant, cela ne doit en aucun cas limiter les efforts des parents ou des professionnels pour les mener vers l’autonomie.

Sam est suivi par une psychologue, qui lui "inculque" des comportements de compensation. Est-ce qu’un suivi thérapeutique chez les personnes autistes permet une meilleure socialisation ?

C’est essentiel. On peut, par l’apprentissage, arriver à minimiser les caractéristiques et les impacts de l’autisme pour que ces enfants aient une insertion maximale. Derrière leurs problèmes de comportement (crier, se cogner la tête, etc.), il y a des facteurs anxieux parce que l’autiste ne comprend pas son monde. Les personnes autistes ont du mal à intégrer et associer les différentes stimulations (le bruit, les lumières, les codes sociaux) les unes avec les autres pour que leur environnement prenne un sens. Notre rôle consiste à analyser ces comportements, de manière à mettre à la place un autre comportement plus adapté socialement mais qui a la même fonction que le comportement initial, c’est-à-dire évacuer son anxiété, communiquer ses besoins, …

Dans la réalité, comment le bouleversement hormonal enclenché par le passage à l’âge adulte est-il géré par les autistes ?

Cela peut dépendre du degré de déficience, de la capacité de langage. L’adolescence, c’est voir son corps changer, c’est vivre des manifestations physiques inconnues ; cela peut constituer une période assez problématique à vivre. Pour aider, des programmes d’éducation affective et sexuelle sont mis en place, sur base de vidéos, d’illustrations très concrètes. L’adolescence, c’est aussi l’appartenance à un groupe, l’identification. C’est bien compliqué pour une personne présentant un TSA (trouble du spectre de l’autisme) de comprendre ce que l’autre veut, que les sentiments ne sont pas nécessairement réciproques, de savoir quoi faire pour que les relations sociales « marchent ». Pour que la personne puisse fonctionner sans trop de péril social, il faut lui apprendre les codes sociaux … peut-être ceux que tout un chacun découvre intuitivement ou observe chez les autres.

 
Eric Willaye est aussi le fondateur du SUSA. Issue du département d’orthopédagogie de l’Université de Mons, cette fondation a mis en place (et continue sans cesse) de nombreux services pour les personnes souffrant de troubles autistiques et leur famille. Pour les contacter, surfez sur www.susa.be

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