La face cachée de la chirurgie de l’obésité

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Un spécial santé au menu du magazine d’enquêtes de la RTBF. Avec son lot de scandales dénoncés : fraudes à l’INAMI, pratiques non reconnues et suivi négligé.

Sur les réseaux sociaux, on en voit fleurir, des avants/après impressionnants d'" amis " ayant retrouvé la taille mannequin juste après un passage sur le billard. En Belgique, une personne sur cinq est obèse. Et depuis dix ans, de plus en plus se tournent vers la chirurgie pour se débarrasser de ce surpoids. En 2007, on recensait autour de 6000 opérations de ce type ; en 2018, on en a comptabilisé près de 15 000.

Si la technique de l’anneau gastrique a moins la cote, deux autres types d’interventions plus invasives sur le circuit digestif ont le vent en poupe : le by-pass et surtout la sleeve. L’INAMI rembourse 75 % des frais de ces opérations à condition d’être en obésité morbide, c’est-à-dire présenter un indice de masse corporelle (IMC) d’au moins 40 ou d’avoir un IMC de plus de 35 associé à des maladies comme le diabète, l’hypertension, souffrir d’apnées du sommeil.

Les caméras de " Questions à la une " vous emmènent ce soir aux côtés des chirurgiens en salle d’opération et à la rencontre de patients en passe de voir leur vie transformée ou qui ont déjà franchi le pas. Le tableau clinique est loin d’être aussi idyllique que les sourires affichés sur Facebook. " Derrière ces pertes de poids, il y a plein d’histoires dramatiques et des personnes peu scrupuleuses qui se font de l’argent au détriment de la santé ", pointe Sophie Mergen, qui signe ce reportage. La journaliste a notamment levé le voile sur des fraudes à l’INAMI, avec des preuves à l’appui, obtenues en caméra cachée. " Pour des patients qui n’ont pas l’IMC à 40, mais à 36, 37, et qui n’entrent pas dans les conditions du remboursement, certains médecins proposent de retirer quelques centimètres à la taille, d’ajouter quelques kilos sur leur fiche, quand ils ne leur demandent tout simplement pas de prendre du poids ", explique-t-elle.

Mais il y a encore plus grave que le " bidouillage " de dossier médical : pratiquer une opération non reconnue appelée la plicature gastrique. " Pour que les patients soient remboursés, les chirurgiens déclarent une ablation de la vésicule biliaire et une cure pour une hernie hiatale, et ils enlèvent vraiment la vésicule biliaire alors que ce n’est pas nécessaire. En plus, cette technique pose plein de problèmes : soit la plicature lâche après quelques mois, et les gens reprennent tout leur poids, soit elle entraîne des douleurs pas possible ", dépeint Sophie Mergen.

Voilà qui fera réfléchir à deux fois les téléspectateurs qui envisageaient d’entamer un jour ce parcours. Surtout que cette enquête s’est intéressée aux conséquences post-opératoires. " Il n’y a pas de trajet de soins imposé en matière de suivi psychologique. Or le mode de vie de ces personnes est complètement bouleversé. Il leur est impossible de manger un repas normal, les vomissements sont fréquents. Le corps est marqué et le changement de l’image corporelle peut être très mal vécu. Sans compter que pour quelqu’un pour qui la nourriture était un refuge, il peut y avoir un transfert de l’addiction vers l’alcool. Le taux de suicide est multiplié par trois, voire quatre chez les patients opérés ", met en garde Sophie Mergen. Une enquête édifiante à ne pas manquer.

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