Josh Brolin : "J'ai arrêté de boire"

"Jouer la comédie n’est pas une partie de plaisir" nous explique l'acteur américain Josh Brolin ©Reporters/DPA
"Jouer la comédie n’est pas une partie de plaisir" nous explique l'acteur américain Josh Brolin ©Reporters/DPA

Star du deuxième "Sicario" avec Benicio del Toro, le jeune quinqua nous a donné une interview-vérité dans un palace de Los Angeles.

À juste cinquante ans (il les a fêtés le 12 février), Josh Brolin nous a parlé de son retour dans l'univers de "Sicario" - le deuxième film, "La guerre des cartels", sort ce 4 juillet -, mais surtout de sa "nouvelle vie". Souvent ingérable par le passé à cause de sa consommation de drogues et d'alcool (il a même fait de la prison), il nous a dit comment il avait mis un terme à ce côté rebelle très destructeur. Chapeau pour ça! On le félicite aussi, ainsi que son épouse Kathryn car dans quelques mois, celle-ci donnera naissance à son premier enfant à elle, le troisième pour Josh, déjà papa des grands Trevor (30 ans) et Eden (24 ans).

 

L’agent fédéral Matt Graver, que vous jouez dans « Sicario », a-t-il évolué depuis le premier film ?

Oui ! Dans le scénario du premier, c’était un très petit rôle, auquel on a dû donner plus d’ampleur en cours de tournage. A la base, ce personnage était assez superficiel et arrogant. Il se pavanait, faisait le malin, enlevait ses chaussures partout… C’était amusant à jouer. Mais pour ‘La Guerre des Cartels’, le scénariste Taylor Sheridan a voulu pulvériser son arrogance… Le premier film est un thriller génial plein de subtilités et de mystère. Le deuxième est plus direct, frontal et a plusieurs dimensions, parmi lesquelles le côté personnel des protagonistes.

Cette année, on a aussi pu vous retrouver en Thanos dans « Avengers : Infinity War », et vous êtes arrivé dans « Deadpool 2 » avec l'allure du méchant cyborg Cable. Vous voilà complètement intégré à l’univers Marvel !

Oui, j’ai pris ces rôles comme une occasion inédite de faire ce métier de raconteur d’histoires. Sur YouTube, j’avais vu Benedict Cumberbatch prendre la tête du dragon Smaug pour « The Hobbit », et je l’avais trouvé sidérant. C’était comme du théâtre expérimental. C’est là que je me suis dit que je voulais faire comme lui (rire). J’ai appelé Mark Ruffalo (alias ‘Hulk’, NdR) pour lui demander si ce n’est pas trop barbant de jouer un super héros. Il m’a dit que sur le tournage, c’était parfois embarrassant (rire) mais qu’une fois le film fini, je trouverais ça génial. Cela étant, je ne sais si j’aurais accepté s’il s’était agi d’autres personnages que Thanos et Cable. Je suis toujours très réticent quand on me propose un projet.

Ah oui ? Pourquoi ?

Parce que jouer la comédie n’est pas une partie de plaisir ! Quand tu décroches un rôle, il y a, d’abord, un gros travail de décorticage à faire. Puis, tu peux ne pas t’entendre avec ton ou ta partenaire, la nana dont tu es censé être amoureux à l’écran… Beaucoup de choses peuvent devenir des obstacles. Enfin, quand à l’arrivée, le film est pourri, tu te dis : ‘tout ce boulot pour cette daube !’ Heureusement, avec ‘Sicario 2’, c’est tout l’inverse qui s’est passé. Parce que c’est une suite et qu’il n’a pas été réalisé par Denis Villeneuve, le projet partait mal, et les fans du premier film avaient un tas d’a priori. Mais le résultat est dément !

Vous avez tourné énormément ces derniers temps…

Je ne suis pas le genre à faire mon mystérieux et à ne tourner qu’un film par an. D’abord parce que je sais ce que c’est de ne même pas pouvoir tourner un film par an ! Je sais ce que c’est de ne pas travailler et d’être oublié de tout le monde… Tourner beaucoup n’est pas un problème pour moi. Je n’ai pas peur de lasser les gens parce que mes rôles ont toujours été très variés, qu’il s’agisse de celui dans "Milk", "W." (où il incarnait George W. Bush, NdR) ou "American Gangster". J’adore le travail et les défis. Je peux jouer ce type-ci l’après-midi, et cette fille-là le soir. Parce que j’ai récemment participé à des films qui ont rapporté des montagnes d’argent, les studios me demandent ce que je veux jouer, désormais, et j’ai le luxe de pouvoir discuter avec les réalisateurs que j’admire.

Si le succès est de retour, n’est-ce pas parce que vous vous êtes assagi ? Vous avez arrêté les drogues et l’alcool, qui vous ont causé pas mal d’ennuis…

Oui, ma vie a fini d’être un chaos. Avant, je pensais que, parce que j’étais acteur, je devais être dur et imbibé d’alcool. Une croyance qui m’a foutu par terre. A un moment donné, je me suis dit : ‘Et si tu arrêtais tout ça ? Si tu te mettais au défi d’être cool et de ne plus boire comme tu te mets au défi par rapport à un rôle ?‘ J’ai hésité, j’ai eu peur, j’ai douté, je me suis senti à poils. Mais je l’ai fait. J’ai pris le risque. Et j’ai été vite récompensé. D’abord, j’ai compris qu’on était toujours créatif sans boire. Et aujourd’hui, le public vient voir mes films en masse et les professionnels sentent que je suis responsable et me font confiance. Parce que, moi-même, je me fais confiance. J’ai toujours été un type décent, mais je suis différent.

Y a-t-il eu un déclic pour ce changement ?

Absolument. Mais si j’en parle, je risque de pleurer. Le déclic, ça a été ma grand-mère, qui s’en est allée en novembre à nonante-neuf ans. Un jour, je suis allée la voir, et j’avais la gueule de bois. Je me suis approché de son lit de mort, et elle m’a souri. Cette femme qui s’est toujours occupée de tout le monde m’a encore souri alors qu’elle vivait ses derniers instants. Il ne m’en a pas fallu plus. J’ai tout arrêté d’un coup.

 

Jean-Philippe Darquenne, correspondant à Los Angeles

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