Jim Carrey, le clown triste

Carrey est à nouveau génial dans "Kidding", une série qui n'est pas drôle pour autant ! / D.R.
Carrey est à nouveau génial dans "Kidding", une série qui n'est pas drôle pour autant ! / D.R.

Dans la série "Kidding", Jim Carrey, 56 ans, joue un homme-enfant, vedette d'une émission pour gosses, qui ne se remet pas de la mort de son jeune fils. Nous avons recueilli ses propos.

 

Nouveauté de la rentrée télé aux États-Unis, la série "Kidding" est exceptionnelle à plus d’un titre. D’abord, elle marque le retour de Jim Carrey, vingt-quatre ans après l’arrêt du programme à sketches comiques "In Living Color", qui lui avait ouvert les portes du cinéma au début des années 90. Et puis, c’est une fiction que l’on qualifiera d'exigeante, à la narration lente, pleine de strates et d’une complexité chaotique souvent surréaliste. Pour justifier cela, on doit préciser qu’elle est réalisée par le Français Michel Gondry, qui avait dirigé Carrey dans le très insolite mais génial "Eternal Sunshine of The Spotless Mind" (2004), dont la série "Black Mirror" s’est forcément inspirée…

Dans "Kidding", Carrey joue Jeff Piccirillo, une icône de la télé à la tête d’un empire, et connu de tous les enfants sous le nom de Mr Pickles. Mais aussi populaire soit-il depuis trente ans, c’est un homme que la mort d’un de ses deux fils, Philip (dans un accident de la circulation), a mis KO. Il nous est présenté un an après le drame, alors qu’il est l’invité du show de Conan. Un peu plus tard, sur le plateau de sa propre émission, il propose à son producteur Seb (Franck Lagella), qui est aussi son père, de consacrer un numéro au thème de la mort…

Voilà le décor planté et, comme vous le constatez, la rigolade n’est pas vraiment de mise. Pour nous, le thème de la série, c’est le deuil, et pour Jim Carrey, c’est la dépression. Un état dans lequel il a lui-même longtemps vécu. Il a d’abord tenté de calmer son blues en prenant du Prozac, et dit qu’aujourd’hui, il n’a plus recours à aucun médicament ni stimulant, en ce compris le café. Il sait aussi ce qu’est le deuil puisqu’il y a trois ans, son ancienne petite amie Cathriona White s'est suicidée par overdose. Une disparition dont il fut tenu pour responsable par la famille de la jeune femme. Pas drôle non plus.

La série montre aussi que Jeff est resté un enfant (il est "arrested" comme disent les Américains), qu’il a donc un côté candide et innocent, et ne comprend donc pas ce qui lui arrive quand la cruauté de la vie le frappe de plein fouet. Rappelez-vous, dans "The Truman Show" (1998), son personnage a une vie parfaite et très pépère, mais commence à devenir parano, croit que le monde est faux et que son entourage joue un rôle. Ici, en tant que célébrité et "Mr Pickles", Jeff a le plus beau des vernis, mais dans la vraie vie, les choses commencent à se fissurer. "La recherche d’identité, ce qu’elle signifie, qui nous sommes, qu’est-ce qu’une personne authentique… Tout ça m’a toujours attiré", nous a dit Jim. "Jeff s’est pris un train de marchandises dans la figure, et se cramponne comme il peut à l’idée qu’il avait de lui avant que sa vie bascule. Ça me parle beaucoup, ça. J’adore les écarts. Ils sont reposants. (Rires.)"

On ne veut pas trop en révéler mais, à l’écran, le père de Jeff n’est pas chaud à l’idée de le voir expliquer la mort de son fils à ses petits fans. C’est à se demander si ses proches le comprennent. "On revient à l’identité", a-t-il répondu. "A travers cette émission, sa famille s’est créé une identité. Elle fonctionne très bien comme ça, et ils sont effrayés qu’on puisse lui apporter le moindre changement."

Plus grand que nature, excentrique et souvent bruyant, Carrey, comme il nous l’a confirmé, a également vu certaines de ses fumantes idées et ses envies d’en faire trop, écrabouillées en une seconde. De la même manière, il sait qu’il ne sera jamais pris comme quelqu’un de "normal". "Être un comique ou avoir une personnalité comme la mienne, ça rend les choses très différentes. A un dîner, il y a toujours un moment où je déraille, où je dis le truc de trop. Mais si ça marche, j’en remets encore des louches. Pour résumer, soit les gens m’admirent, soit je suis super cuit."

Nous ne manquerons pas de votre livrer l’interview de Jim Carrey dans son intégralité au moment de la diffusion belge de "Kidding", une série "difficile", lancée ce dimanche 9 septembre sur Showtime (et sur Canal + Séries). Le premier épisode est disponible gratuitement sur le site de la chaîne originale depuis le 31 août.

 

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