Fanny Jandrain : "La différence nous fait tous avancer"

Fanny Jandrain est marraine de l'association AlTernative 21. © Stéphane Mouraux / Reporters
Fanny Jandrain est marraine de l'association AlTernative 21. © Stéphane Mouraux / Reporters

En ce 3 décembre, journée internationale des personnes porteuses de handicap, Fanny Jandrain est davantage concernée. Aux côtés de Luther, elle s'engage pour une société inclusive.

Dans la périphérie de Charleroi, au milieu des toboggans du centre récréatif Youpi Youp de Loverval, Luther, boucles brunes qu’on a tout de suite envie d’ébouriffer et regard craquant, esquisse un sourire, rapproche ses doigts qu’il fait tourner. C’est sa façon d’exprimer sa joie. Cette après-midi, c’est fiesta ! Ses parrain et marraine de cœur, Medhi Bayat et Fanny Jandrain, ont laissé derrière eux pour quelques heures leurs obligations professionnelles, ils sont là pour s’amuser avec lui. Sur les autotamponneuses, le circuit de moto, et bien sûr, pour jouer au babyfoot ! Ah mais pas n’importe quel babyfoot, celui où tous les joueurs sont du même côté et où s’y entrechoquent plusieurs balles de couleur. Une jolie métaphore qui renvoie à son quotidien à l’école Saint-Paul, où ce grand bonhomme de 8 ans, porteur de trisomie 21 et d’autisme, s’épanouit.

Qu’il fréquente l’enseignement ordinaire aurait été impossible sans la force de guerrière de sa maman. Elle a créé l’association alTernative21 et défend un autre regard sur le handicap. "Chez alTernative21, on fait très attention aux mots : les enfants sont porteurs de déficiences, intellectuelles, sensorielles, de comportement et sont en situation de handicap. Le handicap est la rencontre inadéquate entre la déficience et l’environnement. Exemple : si vous faites 1,20 m et que le Bancontact fait 1,80 m, vous êtes en situation de handicap. Mais si on le descend, alors vous y accédez, et les personnes âgées, en chaise roulante et de taille moyenne aussi. C’est ça, la société inclusive, celle qui pense la fragilité en premier", précise-t-elle d’emblée.

Pour adapter la classe de Luther et de ses camarades porteurs de handicap, Carmela a écrit une lettre à la fondation du Sporting de Charleroi. Il fallait trouver des bancs modulables, aménager des toilettes et une cuisine appropriées, installer des pictogrammes. L’année suivante, la fondation du Sporting a financé l’aménagement de la cour de récré, qui est de prime abord une jungle pour les enfants porteurs de déficiences ; des zones de jeu y sont maintenant visuellement délimitées.

"Le handicap est source d’apprentissages"

Fanny Jandrain, elle, a embarqué dans l’aventure en cours de route, avec toute sa positivité, sa sensibilité de maman. La télévision a scellé en quelque sorte son engagement. "Cela s’est fait à la suite de mon passage à l’émission "Mon plat préféré". J’avais dit à l’équipe mon admiration pour les battants, ceux qui s’engagent dans un combat. Dans la vie, quand un truc énorme vous tombe dessus, il y a deux solutions, soit on baisse les bras, soit on les lève. Carmela est l’exemple type de celle qui avance envers et contre tout. Quand on m’a demandé d’être la marraine de l’association, j’en ai été émue aux larmes", se souvient l’animatrice.

Au fil des mois, elle aussi voit les bénéfices pour Luther de côtoyer l’altérité. A chacune de ses rencontres avec lui, elle le trouve plus ouvert, plus rayonnant. Ce constat, Medhi Bayat le confirme : "Quand je me rends à l’école, que je vois que des enfants que l’on dit normaux sont devenus des copains normaux d’enfants qui ont des déficiences, qu’ils jouent ensemble, sont invités à des anniversaires, que la barrière de la différence a sauté, c’est la beauté et la diversité de l’humanité réunies."

"Oui, cela montre que la différence n’est pas un frein mais qu’elle nous fait tous avancer ensemble et plus loin", surenchérit Fanny Jandrain. Parce que si les petits copains de Luther l’ont tiré vers le haut, la réciproque est encore plus vraie. Prenez par exemple le regard de Luther fixé sur un point, eh bien, il vous invite à vous arrêter sur un détail que, emporté dans la frénésie de notre quotidien ou rivé sur notre smartphone, nous n’aurions pas vu. La richesse des personnes porteuses de handicap est celle-là, nous faire entrevoir une autre vision du monde, sortir de la pensée unique. Fanny Jandrain en est convaincue : "Ouvrir les yeux sur le handicap est plus important pour ceux qui n’en souffrent pas. Parce que prendre conscience que l’autre ne perçoit pas les choses comme nous est enrichissant, il est une source d’apprentissages. C'est d'ailleurs ce que j'inculque à mes filles."

Des études européennes ont montré que là où il y a de l’inclusion, le harcèlement à l’école diminue parce que la différence est vécue comme une force. Luther, du haut de ses bouclettes, nous montre donc la voie vers un monde plus doux.

ARTICLES SPONSORISÉS AILLEURS SUR LE NET

ARTICLES SPONSORISÉS AILLEURS SUR LE NET