Fanny Ardant, un homme comme les autres

Fanny Ardant, un homme comme les autres

Elle est la plus discrète des trois reines du cinéma français, aux côtés de Catherine Deneuve et Isabelle Huppert. En transsexuel dans "Lola Pater", elle n'est pas la moins audacieuse ! Interview.

Avez-vous été étonnée que le réalisateur, Nadir Moknèche, pense à vous pour jouer dans "Lola Pater" (sorti ce mercredi en salle) un homme opéré pour devenir une femme ?
Au contraire, j'ai aimé l'idée qu'un metteur en scène ait l'esprit assez libre pour me proposer ce rôle. Et le personnage m'a passionnée avant que je sache que j'allais l'incarner. Sa fantaisie, sa vulnérabilité et, en même temps, sa force… Lola est à la fois vacharde et sentimentale, comment ne pas être charmée ?

Partie en France pour devenir un homme, Lola doit soudain être un père pour son fils, arrivé de son Algérie natale…
C'est ça qui est bien. Le thème central, c'est son rôle de père, pas sa transformation. Si son fils ne voyait pas de souci à avoir un père transsexuel, il n'y aurait pas d'histoire. Là, Lola est sur le point de tout perdre. C'est encore beaucoup plus dur que ça se passe dans la communauté musulmane. Dans notre société laïque, c'est déjà difficile. Musulman, il prend des risques énormes. Il faut deux fois plus de courage.

Il a voulu échapper au poids du regard de la société et éviter d'être un problème pour son fils…
Oui, et le plus troublant, c'est que quand ils sont sans témoins, ça se passe bien, au fond. Avant l'homme ou la femme, il y a l'être humain. Les points communs sont plus nombreux et importants que les différences. Notre orientation sexuelle ne nous définit pas tant que ça. La matrice, c'est l'être, les sentiments, les horreurs, les engouements… C'est beaucoup plus dans la pierre dure.

Peut-on risquer de sacrifier l'amour de ses enfants à sa quête de liberté individuelle ?
C'est une vraie question, qu'on peut se poser aussi par rapport à l'amour, à ses projets personnels. La passion l'emporte parfois sur le sens des responsabilités. Moi, dès que j'ai eu des enfants, j'ai mené une vie beaucoup moins rock'n'roll. J'avais l'inquiétude qu'ils aient un toit, de quoi se nourrir. C'est impossible pour moi de s'offrir sa liberté au détriment des autres…

Retrouvez l'intégralité de notre rencontre avec Fanny Ardant dans le Ciné-Télé-Revue de cette semaine.

Jean-Jacques Lecocq

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