David Fincher va diriger Gary Oldman dès cet automne

Gary Oldman tournera dans "Mank", sous la direction de David Fincher, dès cet automne. © Isopix
Gary Oldman tournera dans "Mank", sous la direction de David Fincher, dès cet automne. © Isopix

Cinq ans après “Gone Girl”, le réalisateur voit enfin un projet aboutir! Il s’agira d’un biopic sur Herman J. Mankiewicz, le scénariste controversé de “Citizen Kane”.

Grande nouvelle, annoncée par "The Hollywood Reporter": Gary Oldman et David Fincher vont faire équipe pour nous conter l'histoire d'Herman J. Mankiewicz, le journaliste devenu scénariste, principalement célèbre pour sa collaboration sujette à polémique avec Orson Welles sur le chef-d’oeuvre “Citizen Kane”. Et il ne s’agit pas d’un projet incertain comme le réalisateur de “Seven” en a collectionné plusieurs ces dernières années: le tournage va commencer dès cet automne.

Le film devrait s’intituler “Mank”, d’après le surnom de Mankiewicz, et sera produit par Netflix. Gary Oldman tiendra le rôle titre. Un choix évident pour un acteur encore tout auréolé de son Oscar reçu en 2018 pour “Les heures sombres”, un autre drame biographique, dans lequel il jouait Winston Churchill.

Gary Oldman, méconnaissable dans
Gary Oldman, méconnaissable dans "Les heures sombres", qui lui a valu l'Oscar du meilleur acteur. © Archives CTR

Au contraire de “20 000 lieues sous les mers”, un autre projet qui lui tenait à coeur mais qui ne verra finalement pas le jour, “Mank” a donc fini par trouver un financement. La route aura été parsemée d’embûches: cela fait plus de vingt ans que David Fincher s’intéressait à la vie d’Herman J. Mankiewicz. Il avait commencé à cogiter sur le sujet juste après la sortie de “The game”, en 1997! Et c’est Jack Fincher, son père, qui en a écrit le script.

Le projet a été d’autant plus difficile à monter que David Fincher voulait un biopic qui respecte l’ambiance classique des films hollywoodiens des années 40… et donc qui soit tourné en noir et blanc. La réussite de “Roma”, le film en noir et blanc plein de nostalgie d’Alfonso Cuaron, déjà produit par Netflix, a certainement dû libérer le passage. Cean Chaffin, producteur de longue date de Fincher, et Doug Urbanski, qui a été nominé pour un Oscar dans la catégorie pour “Les heures sombres”, seront coproducteurs. David Fincher n’avait plus rien tourné depuis “Gone Girl” en 2014. Il a longtemps travaillé sur la suite de “World War Z”, avant d’abandonner pour des questions de budget.

David Fincher, un réalisateur heureux d'enfin retrouver le chemin des plateaux. © Archives CTR
David Fincher, un réalisateur heureux d'enfin retrouver le chemin des plateaux. © Archives CTR

Décédé à seulement 56 ans le même jour que Staline, le 5 mars 1953, Herman J. Mankiewicz est le grand frère du réalisateur de “Cléopâtre”, Joseph L. Mankiewicz. Journaliste et critique dans les années 1920, membre de la Algonquin Round Table, le célèbre club littéraire de la ville de New York, il a rejoint Hollywood en 1927, engagé comme scénariste par la Paramount. Il est rapidement devenu l’un des auteurs les plus importants.

Herman J. Mankiewicz, l'un des plus grands scénaristes de son temps. © Archives
Herman J. Mankiewicz, l'un des plus grands scénaristes de son temps. © Archives

Mankiewicz a ainsi travaillé sur de nombreux films considérés aujourd’hui comme autant de classiques. Il y a “Le magicien d’Oz” en 1939, “Vainqueur du destin” en 1942, “Les hommes préfèrent les blondes”, en 1953... Mais son oeuvre la plus prestigieuse et controversée restera “Citizen Kane”, sorti en 1941. Herman assurait être le scénariste complet du film et accusait le réalisateur d'avoir essayé d’effacer son nom. Il affirmait même que Welles avait été jusqu’à offrir de le payer pour que son nom disparaisse et que tout le mérite de l’histoire lui revienne.

"Citizen Kane", le chef-d'oeuvre d'Orson Welles, écrit par "Mank". © Archives

C’est ainsi que le jour de la remise des Oscars, quand le film reçut le trophée du meilleur scénario au nom des deux hommes, les nombreux partisans de Mankiewicz se mirent à crier "Mank, Mank, Mank, Mank", même si ni lui ni Welles n’avaient fait le déplacement. Bien qu’Orson Welles ait nié que le film s’inspire de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst, celui avait aussi très mal pris le film et tentera durant longtemps de se venger de Mankiewicz et de Welles. Ambiance! Le débat sur la paternité du scénario, généralement attribué à Mankiewicz aujourd’hui, est d’autant plus vif que “Citizen Kane” est considéré comme le plus grand chef-d’oeuvre de toute l’histoire du cinéma.

Réputé gros buveur, joueur, au caractère difficile, Mank fut le scénariste le mieux payé de sa génération, même si régulièrement ses histoires lui attiraient les foudres des censeurs, qui désapprouvaient ses personnages “immoraux”, mais qui plaisaient au public. Il supportait mal aussi le système des studios, qui l’obligeait à écrire à la demande. Lui qui refusait ainsi d’imaginer des westerns fut un jour “puni” et mis en demeure d’écrire un “Rintintin”. Pour se venger, il imagina une scène d’ouverture où le chien fuyait devant une souris! "Nous sommes une race à part du reste de l'humanité. Nous sommes de grands désaxés, un concentré de névrosés, d'égomaniaques, d'inadaptés émotionnels", balançait-il pour définir Hollywood. Voilà qui promet!

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