"Comment l'Amérique a-t-elle pu en arriver là ?"

Selon Michael Moore, la démocratie était déjà en grand péril aux Etats-Unis quand Trump est arrivé à la Présidence. © Reporters
Selon Michael Moore, la démocratie était déjà en grand péril aux Etats-Unis quand Trump est arrivé à la Présidence. © Reporters

Dans son nouveau documentaire "Fahrenheit 11/9", Michael Moore dit que Trump est le produit d'un système pourri. Nous avons vu ce brûlot à la fois léger et terrifiant.

Depuis "Bowling For Columbine" sorti en 2002,  où il dénonçait l'aberrante passion de ses compatriotes pour les armes, le cinéaste et activiste Michael Moore est devenu un nécessaire poil à gratter pour l'Amérique républicaine, qui ne jure que par le profit et se fiche de l'humain. Deux ans plus tard, il dégainait son plus gros succès, "Fahrenheit 9/11", son plus gros succès, Palme d’Or à Cannes, où il démontre les liens existant entre les clans de George Bush et Ben Laden, et ce qui conduisit à la deuxième guerre en Irak.

Alors que ce film avait pour toile de fond les attentats du 11 septembre 2001 (onzième jour du neuvième mois), son nouveau brûlot, "Fahrenheit 11/9", sorti en Belgique ce mercredi, revient sur le séisme du 9 novembre 2016 (neuvième jour du onzième mois), à savoir l’élection de Donald Trump. "Comment diable avons pu en arriver là ?", c’est la question qu’il pose en lever de rideau, rappelant sur un montage d’images aussi drôle que terrifiant, que personne ne s’attendait à cette victoire. Même pas la garde rapprochée de l'intéressé,

Moore attaque dans une certaine légèreté, en rappelant qu'en des temps reculés, il avait été "piégé" et contraint de déjeuner avec Trump et Roseanne Barr, comme l'attestent des archives pour le moins surprenantes quand on sait à quel point il éreinte le milliardaire à la tignasse orange. Sur le même ton, il désigne ensuite la chanteuse Gwen Stefani comme première responsable de l'accession de ce dernier à la Maison Blanche. Pour rappel, suite à ses odieux propos sur les Mexicains, mi-2015, Trump avait été viré de NBC et de l’émission "The Celebrity Apprentice" dont il était le big boss. Quelques mois plus tard, quand il apprit que Gwen Stefani allait toucher, pour son rôle de coach dans "The Voice", un salaire supérieur à celui qu’il avait sur la même chaîne, son ego en prit un sacré coup, et il se promit d’exister publiquement comme jamais. Ce qu'il fit !

Puis le tableau s'assombrit. Moore retrace abondamment la crise sanitaire qu'a connue Flint, sa ville natale, lorsque l'eau potable, en 2014, fut contaminée en plomb. Le Gouverneur Rick Snyder savait depuis le début, mais s'était tu. De son côté, Obama a fait une faute grave en se rendant sur place en minimisant la situation. Une attitude qui ouvrit grand la porte à Trump dans la région.

On trouve aussi du mensonge et de la manipulation dans la manière dont Bernie Sanders, ultra-populaire chez les jeunes, dut s’incliner en 2016 face à sa consoeur démocrate Hillary Clinton, qui aurait perdu la bataille contre lui sans les fameux super delegates, qui sont des délégués du parti non-élus mais libres de soutenir n’importe quel candidat. Un processus injuste et extrêmement anti-démocratique.

"Pendant deux heures, on cogite, on s'émeut, on s'indigne, on peste, et à la fin, on craque..."

Selon Moore, si Trump s'est imposé, c'est parce que la démocratie, aux Etats-Unis, était déjà vacillant avant son avènement. Et depuis qu'il est au pouvoir, évidemment, les choses n'ont fait qu'empirer. Par ses propos, ses réactions et son laxisme, le 45e Président redonne vigueur, comme jamais, aux actes racistes de son pays. Quoi qu’il en dise, ne trouvent grâce à ses yeux que les blancs, les riches et les puissants. Il est fasciné par les dictateurs et bien sûr son cher ami Poutine, qui trouve toujours le moyen de rester à la tête de la Russie. Il n'y a pas si longtemps, il a suggéré qu'il aimerait qu'on "saute" l’élection de 2020, histoire qu'il reste à la Maison-Blanche au moins seize ans. Ce qui est anti-constitutionnel. C’est là que Michael Moore rapproche Trump d’Hitler, allant jusqu’à coller la voix du premier sur l’image du second. Perturbant. Il rappelle qu’avant que le Führer commette ses atrocités, le « New York Times » avait publié un petit article qui se voulait rassurant puisque précisant qu’en aucun cas, la Constitution allemande ne lui permettrait de mettre ses plans funestes à exécution. Un moment du film comme une décharge électrique dans l’échine !

Il y a plusieurs passages du même effet dans cette avalanche d'images dont on sort essoré, le cerveau plein de questions et le coeur écrasé par l'anxiété. Mais si, à nouveau, Moore réussit à secouer comme ça, c'est parce que son documentaire est extrêmement vivant et vibrant. Pendant deux heures, on ne voit pas le temps passer, on cogite, on s'indigne, on peste, on s'émeut, et à la fin, on craque. Si après ça, les électeurs américains indépendants, ceux qui ne sont ni démocrates ni républicains, n'ont pas envie de courir aux urnes et faire tout pour arrêter Trump, on va devoir désespérer du genre humain. Et ça, on ne le veut pas. Merci encore Michael Moore, pour cette grande claque, et cet emballage super emballant !

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