Alex Lutz, le transformiste

Alex Lutz, méconnaissable en Guy Jamet. © Apollo Film
Alex Lutz, méconnaissable en Guy Jamet. © Apollo Film

Avec "Guy", sorti ce mercredi, l’humoriste Alex Lutz rend un superbe hommage aux chanteurs oubliés par le succès mais qui taillent toujours la route. C’est drôle, caustique et bien inspiré.

Dans le formidable "Guy", sorti en salle ce mercredi, Alex Lutz rend hommage à tous les chanteurs que les feux de la gloire n’ont fait que frôler. Ceux qui ont connu le succès l’espace d’un tube ou deux, qui sont à tout jamais associés à une période, comme les yéyé, et que les radios à la mode dédaignent. Mais l’originalité du film est de nous proposer ce documentaire en train de se faire, un peu comme dans "Strip-tease". On suit Guy Jamet, un chanteur qui a connu plusieurs succès dans les années 60 et 70 et tente un come-back avec un best-of réorchestré de ses succès comme "Daddy", "Dadidou", "Caresses", "Un slow avec la Lune"… On le voit lors de galas de province, avec ses mamies groupies, mais aussi réarrangeant un titre avec Julien Clerc, invité chez Michel Drucker ou dans des émissions plus "hype" où l’on fait semblant de s’étonner qu’il ne soit pas mort. Souvent drôle, le film est aussi caustique. Quand le journaliste - dont le chanteur pourrait être et même serait le père -, est pris en flagrant délit de mépris, il est vite remis à sa place : "Et si elle me suffisait, cette vie-là ? Qu’est-ce que ça peut te foutre à toi ?"

Guy Jamet jeune avec une covedette jouée par Elodie Bouchez - et Dani quand elle est plus âgée! © Apollo Film
Guy Jamet jeune avec une covedette jouée par Elodie Bouchez - et Dani quand elle est plus âgée! © Apollo Film


La performance d’Alex Lutz est phénoménale. Il ne joue pas, il est Guy Jamet, des vidéos kitch des années 60 et 70 au papy laquant en permanence ses cheveux blancs. "J’avais envie de revenir à quelque chose de plus essentiel dans ma création artistique : l’art du portrait, que, sur scène, les spectateurs semblent également apprécier", explique le comique. "Est née peu à peu l’envie de ce faux documentaire sur un chanteur que les médias ont peut-être oublié, mais qui continue de travailler, d’avoir une relation privilégiée avec le public… Moi aussi, comme Guy, je suis tout le temps sur scène, dans toute la France. Qu’est-ce que ça sera de rejouer le même sketch, dans quinze ans, dans une ville où j’aurai déjà joué cent fois ?"
Pour autant, à tout juste 40 ans depuis le 24 août, Alex Lutz est loin d’être un artiste en voie de ringardisation. Il est même en train d’obtenir la reconnaissance qu’il mérite - on imagine mal que son Guy ne lui vaille pas au moins une nomination aux César. Cela tout en donnant libre cours à sa passion de le transformisme, lui qui s’est fait connaître en partageant la vedette avec Bruno Sanches dans le duo "Catherine et Liliane", et qu’on l’a vu en noble dans "Les visiteurs – La Révolution", en curé dans le remake de "Knock", en Fantasio dans "Les aventures de Spirou et Fantasio". Il reviendra bientôt dans "Convoi spécial", avec entre autres Gérard Depardieu et Christian Clavier, sous la direction de Bertrand Blier. Une consécration, déjà !

"Catherine et Liliane", ou l'art de la transformation. © Archives CTR

En Fantasio plus vrai que nature. © Archives CTR
En Fantasio plus vrai que nature. © Archives CTR

Cookie Dingler

Guy Jamet vieilli a de faux airs d’André Dussollier, mais de l’interprète de "Femme libérée". Ils ont forcément dû se rencontrer : Tom Dingler, qui joue le journaliste, est le propre fils de Cookie, modèle de l’artiste dont la carrière ne tient qu’à un titre, ce qui lui va très bien.

Cookie Dingler, un homme libéré. © Reporters
Cookie Dingler, un homme libéré. © Reporters

Alain Chamfort

ex-collaborateur de Jacques Dutronc transformé en "chanteur à minettes" par Claude François, Alain Le Govic est le modèle de l’artiste à qui l’accumulation de tubes n’a jamais permis de devenir une star. Comme Guy, Chamfort tient un discours très lucide sur la précarité de sa carrière, avec beaucoup de distance.

Alain Chamfort, période
Alain Chamfort, période "chanteur pour minettes". © Archives CTR

Hervé Vilard

De tous les chanteurs des yéyés, il est sans doute celui le plus traité de ringard. A cause peut-être de son tempérament, de son attitude un peu hautaine, comme Guy Jamet. Pour toujours associé à "Capri, c’est fini", Hervé Vilard a pris sa retraite en mai dernier.

Hervé Vilard a donné à l'Olympia, en mai, ses concerts d'adieu. © Archives CTR
Hervé Vilard a donné à l'Olympia, en mai, ses concerts d'adieu. © Archives CTR

Michel Sardou

Etre ringard ne veut pas dire ne pas avoir de succès. Ça veut dire qu’on peut se permettre de vous railler malgré le succès. En la matière, Michel Sardou a donné, à cause de ses positions radicales et de son franc-parler. Etrangement, quand Alex Lutz chante dans "Guy", on reconnaît le timbre grave de Sardou .

Michel Sardou, le chanteur aux opinions bien tranchées. Et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas. © Archives CTR
Michel Sardou, le chanteur aux opinions bien tranchées. Et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas. © Archives CTR

Frank Michael

Quand on arrive à la fin du film, on se surprend à fredonner les succès de Guy Jamet comme si on les connaissait depuis toujours, alors qu’ils ont été expressément créés par Alex Lutz et Vincent Blanchard : "Il y a du Herbert Léonard, du Guy Marchand, du Michel Delpech, du Julien Clerc et même du Frank Michael, qui a toujours son cortège de fans et ‘’blinde’’ des salles", explique Lutz.

Tout en restant en Belgique toute sa carrière, Frank Michael connaît le succès à chaque nouvel album. Mais reste sous-estimé en France. © Archives CTR
Tout en restant en Belgique toute sa carrière, Frank Michael connaît le succès à chaque nouvel album. Mais reste sous-estimé en France. © Archives CTR

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