Bataclan : après l'horreur… l'espoir

Bataclan : après l'horreur… l'espoir  © Reporters
Bataclan : après l'horreur… l'espoir © Reporters

ÉPISODE 4 - Il y a un an jour pour jour, un commando terroriste tuait 90 personnes dans ce haut-lieu de la vie nocturne parisienne. En cette journée de commémorations, rescapés et familles des victimes lancent un immense message d'amour. Parce que la haine ne pourra jamais triompher.

" Vendredi soir, vous avez volé la vie d'un être d'exception, la mère de mon fils. Je ne sais pas qui vous êtes, mais vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur. Alors, non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l'avez bien cherché pourtant, mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j'aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur je joue encore. " Ainsi débutait le 16 novembre dernier le message posté sur Facebook par Antoine Leiris (en photo au début de cet article). Partagé plus de 230 000 fois immédiatement, il a été relayé par les médias tant sa beauté était et reste foudroyante.



" Pour que les terroristes ne nous tuent pas une seconde fois "

De ce message, Antoine, journaliste, père d'un petit Melvil, 17 mois au moment des attentats, devenu subitement orphelin d'une maman radieuse, élégante, tolérante, décédée à 35 ans dans un instant de joie au Bataclan, en a tiré un ouvrage, édité chez Fayard, puis un documentaire, diffusé ce soir sur France 5.
Dans son parcours de deuil et de reconstruction, il est parti à la rencontre des rescapés de ce vendredi noir, ainsi que de ceux qui y ont perdu un être cher. " Je suis allé chercher chez les gens, la force de me dire : " Tu vas voir, il y a encore plein de sourires, plein de belles choses pour toi, après " ", a-t-il confié à nos confrères de France Bleu. " Ce que j'ai compris, c'est que ce que j'ai vécu intimement au début, est en fait une histoire collective. Au moment où on se rencontrait, quelque chose se passait : une complicité, une fraternité immédiates ", s'est-il étonné.
Au fil des témoignages, ce qui peut paraître invraisemblable a émergé : chez tous, la force vitale de poursuivre l'existence a triomphé. " Pour que les terroristes ne nous tuent pas deux fois ", résume Antoine en guise de leitmotiv. Des décombres résonnent donc un éblouissant hymne à la vie.



Des projets autour du dialogue

A la résignation, eux aussi ont préféré l'action. Eux, les parents de jeunes gens fauchés en plein vol. Ils sont nombreux à avoir fondé une association en leur mémoire, destinée à poursuivre les valeurs qui les animaient. Pour ne pas laisser le terreau du mal s'installer. Pour contribuer à ce que jamais d'autres géniteurs, conjoints, frères et sœurs, amis n'aient à pleurer une telle absence.

C'est ce qui a poussé les parents de Baptiste Chevreau, 24 ans, guitariste admiratif de Paco De Lucia, à lancer la rénovation du kiosque sous lequel il retrouvait ses amis musiciens dans sa ville natale de l'Yonne, Tonnerre. " Cela représente ce que Baptiste était. Un kiosque est quelque chose qui distribue, un endroit où les gens se rendent pour partager des notes, des informations ", a défini son beau-père sur les ondes de France Bleu. L'échange comme unique forme de résistance à la barbarie, donc.


© Gilles Soubeyran

Conviction partagée par les proches de Valentin Ribet, brillant avocat, amoureux de la musique, 26 ans pour toujours. Avec sa compagne Eva, il s'est jeté à terre dès qu'ils ont entendu les tirs éclater dans la salle de concert, mais les balles l'ont atteint mortellement. Quelques jours après son décès, ses parents (qui par ailleurs ont entamé une action en justice contre l'Etat belge) et sa compagne ont mis sur pied une fondation portant son nom, " afin de combattre avec des armes pacifiques l'obscurantisme qui poursuit des actes de destruction ". Nombreuses sont les initiatives qui, depuis un an, ont permis de récolter des fonds réinjectés dans des projets de lutte contre l'illettrisme, l'ignorance, facilitateurs d'accès à l'éducation, à la culture, à remettre en selle des jeunes en décrochage scolaire. " Créer du lien social, encourager l'échange et l'ouverture à l'autre, c'est rendre hommage à toutes les victimes et agir concrètement pour l'avenir ", clame avec ferveur son papa, Olivier. Un message d'amour et d'espoir qui emplit les cœurs à l'unisson en cette journée de commémoration.


© Capture d'écran

Antonella Soro


A ne pas manquer : " Vous n'aurez pas ma haine ", d'Antoine Leiris, 20 h 50 sur France 5

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