« Tout l’argent du monde »: Christopher Plummer épatant à la place de Kevin Spacey

 © The Searchers
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L’acteur de 88 ans a remplacé au pied levé la star déchue dans ce thriller étonnant retourné en neuf jours par Ridley Scott et sorti ce 27 décembre contre vents et marées.

En 1973, le petit-fils de J. Paul Getty, l’homme le plus riche du monde, est kidnappé dans une rue de Rome. Craignant qu’enlever des Getty devienne une mauvaise habitude si jamais il acceptait de payer la rançon et s’estimant encore un peu juste pour ponctionner 17 millions de dollars de son paquet de milliards, le grand-père refuse de céder au chantage. Surtout qu’il a un œuf à peler avec son ex-belle-fille, qui se retrouve dans l’oeil du cyclone, traquée par les paparazzis et menacée par les ravisseurs alors qu’elle n’a pas le sou. Pendant ce temps, l’adolescent, enlevé par la mafia calabraise, passe de mains en mains et se fait couper l’oreille au passage.

« Tout l’argent du monde » est bien le film le plus attendu de Ridley Scott depuis ces dernières années. Pas tant à cause de son sujet, inspiré d’une histoire incroyable mais vraie, que pour voir comment en l’espace de neuf jours le réalisateur a réussi à effacer du film déjà tourné Kevin Spacey, éjecté pour cause d’accusations d’agressions sexuelles (non jugées encore). Et c’est en réalité sidérant. On ne devine aucune soudure ou coupure inopportune, alors que son personnage est présent dans au moins 30 des 135 minutes du film, dans des décors prestigieux qu’on n’imagine pas reconstituer en un claquement de doigts. On est surtout bluffé par le savoir-faire et le professionnalisme qui ont été nécessaires pour retourner en un temps record de nouvelles scènes qui soient raccords avec les anciennes. Un défi qui n’effrayait visiblement pas Ridley Scott, très sûr de lui et de son producteur, qui aura rallongé une dizaine de millions pour que le film puisse sortir dans les temps et rester éligible aux Oscars.

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Le réalisateur d’« Alien » a hésité peu de temps avant de « sucrer » Kevin Spacey. Il n’avait sans doute pas le choix, avec l’acteur à ce point dans la tourmente, renvoyé de la série « House of Cards » dont il était l’âme, en attente des suites judiciaires des diverses accusations d’agressions sexuelles dont il fait l’objet. Si le film avait été gardé dans son état originel, il s’assurait un flop retentissant. Au lieu de cela, au lieu de susciter le rejet, il attise la curiosité sur son film.

La réussite de ce challenge doit beaucoup aussi au talent du vétéran Christopher Plummer, 88 ans, qui a remplacé au pied levé Spacey dans le rôle compliqué de J Paul Getty. Sans avoir eu le temps de préparer son personnage, de s’imprégner de sa vie, même s’il avait été pressenti pour le rôle au tout début du projet, il livre une version tout à fait convaincante du milliardaire avare. Pour le reste, un peu distant mais magistral, le film de Ridley Scott est séduisant. On y apprécie la performance de Michelle Williams, parfaite dans le rôle de l’ex-belle-fille obligée de négocier à la fois avec les ravisseurs et son ex-beau-père. Romain Duris en kidnappeur calabrais est assez inattendu. Au final, le film sidère encore par ce qu’il révèle de la personnalité de J. Paul Getty. Connu aujourd’hui comme un important mécène, avec un faramineux musée à son nom en Californie, on découvre l’homme d’affaires qui se construisit contre son père méprisant et noua des relations ambiguës avec sa propre famille, l’écrasant de sa morgue. Il n’accepta de payer la rançon pour son petit-fils qu’après que celui-ci eut une oreille coupée. Et encore, il n’accepta de verser que la somme déductible des impôts et lui fit un prêt pour le solde, contre un remboursement à un taux de 4 %…

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