Les Golden Globes lavent plus propres

Bye-bye "House of Cards". © Archives CTR
Bye-bye "House of Cards". © Archives CTR

Exit "House of Cards", bienvenue "Tout l’argent du monde" ! La sélection des 75es Golden Globes reflète l’influence des dénonciations des scandales sexuels à Hollywood.

Hier tombaient les différentes nominations pour les prochains Golden Globes, dont les sélections préfigurent ordinairement les futurs champions des Oscars. Inévitablement, les secousses telluriques provoquées par l’affaire Weinstein et la déferlante de révélations sur le comportement de prédateurs sexuels de pontes hollywoodiens ont pesé sur les choix des artistes nominés. Guillermo Del Toro, Christopher Nolan, Ridley Scott, Steven Spielberg et Martin McDonagh, plébiscités par les électeurs, ont l’avantage, en plus du talent, d’être "propres" - en espérant qu’aucune mauvaise surprise ne vienne démentir les votes de la Hollywood Foreing Press Association. Quand on voit la nomination en last minute de Christopher Plummer pour son rôle dans "Tout l’argent du monde", pas encore sorti en salles même aux USA, on ne peut s’empêcher d’y voir un choix plus politique qu’artistique. Pour rappel, Plummer a repris en une dizaine de jours l’essentiel des scènes précédemment tournées par Kevin Spacey, entre-temps tombé en disgrâce à cause des accusations d’agressions sexuelles portées contre lui et purement et simplement effacé du casting par le réalisateur, Ridley Scott, lui aussi nommé… Pour arriver à refaire son film avec l’un de ses personnages principaux sans devoir reculer la date de sortie (même si elle est finalement passée du 22 au 25 décembre 2017), Scott a aussi dû demander à Mark Wahlberg et Michelle Williams, de revenir. Tout comme Ridley Scott, Williams se voit nominée pour sa performance en mère désemparée. Seul Mark Wahlberg passe à côté.

Christopher Plummer lors du tournage de
Christopher Plummer lors du tournage de "Tout l'argent du monde". © Reporters


Si l’on ne peut s’empêcher de sentir l’influence des scandales sexuels sur les choix des œuvres sélectionnées, on peut se réjouir que ce ne soit pas au détriment de la qualité. Le magnifique "Coco" est en lice comme meilleur film d’animation malgré la "chute" de John Lasseter, le boss de Pixar. Et on peut applaudir aussi que Geoffrey Rush n’ait pas été "préventivement" évincé de la compétition. L'acteur, a qui fermement rejeté les accusations de "comportement inapproprié" portées contre lui, est nominé pour son rôle dans la minisérie "Genius", où il campe Albert Einstein. "C’est une bonne nouvelle pour Albert Einstein", a-t-il commenté. "Je crois en la science, je crois aussi dans la complexité du genre humain. Je suis honoré de figurer en compagnie des autres candidats, qui chacun avec leur talent s’efforcent de définir la multiplicité de l’expérience masculine." "Better Things", la série comique produite et scénarisée par Louis CK, rattrapé par son comportement de harceleur sexuel, est elle aussi nominée, à travers son héroïne Pamela Adlon. Dans un communiqué, elle avait clairement pris ses distances avec l’humoriste : "Ma famille et moi sommes dévastés et choqués par l’aveu d’un comportement si aberrant de la part de mon ami et partenaire Louis CK. Je ressens une profonde tristesse et de l’empathie pour les femmes qui se sont manifestées. » Par contre, une série phare disparaît : "House of Cards", pour la première fois de son histoire, n'est nominée dans aucune catégorie. On ne trouve pas non plus "Transparent", la série qu’a dû quitter l’acteur Jeffrey Tambor, accusé de harcèlement sexuel, ni "The Meyerowitz stories", avec Dustin Hoffman…

Pamela Adlon face à Richard Sabine dans
Pamela Adlon face à Richard Sabine dans "Better Things". © Reporters

 

Geoffrey Rush n'a pas été condamné d'avance. © Reporters
Geoffrey Rush n'a pas été condamné d'avance. © Reporters

L’autre polémique qui avait secoué la Mecque du cinéma l’an dernier, c’était l’absence de comédiens de couleur en compétition. Cette fois, pas de risque que ça arrive aux Golden Globes, puisque "Get out", le film d’horreur de Jordan Peel avec Daniel Kaluuya est nominé... même si pour cela il a fallu le classer dans les comédies! Plus un film malin que réellement un chef-d’oeuvre, il a fait parler de lui par sa manière ironique et frontale de dénoncer le racisme ordinaire des White Anglo-Saxon Protestant contre les Noirs aux Etats-Unis.

Daniel Kaluuya dans
Daniel Kaluuya dans "Get out" © Universal

ARTICLES SPONSORISÉS AILLEURS SUR LE NET

ARTICLES SPONSORISÉS AILLEURS SUR LE NET