Animaux : Adoption, mode d’emploi
Dr F.C., Médecin vétérinaire
De la petite boule de poils craquante au costaud molosse un peu lourdaud, accueillir un chien implique un engagement de longue haleine. Pour une cohabitation épanouissante tant pour nous que pour l’animal, ce choix doit être mûrement réfléchi.
Il arrive souvent qu’un chien apparaisse dans notre vie de manière inattendue. Parce qu’il est là ou que le coup de cœur existe. Ce qui se passe par après peut être magnifique ou désastreux. Les mauvaises expériences dépendent de l’investissement des maîtres, car au sein d’une famille, tous les membres ne s’impliquent pas de la même manière. C’est souvent la maîtresse de maison qui s’en occupe principalement, même si elle ne le désire pas spécialement. Et de ces frustrations, il n’y a qu’un pas pour que l’animal atterrisse à la SPA. Pour éviter ce scénario, il y a lieu d’agir à la base. L’acquisition d’un chien entraîne d’office des bouleversements dans le quotidien. Et nous ne sommes pas tous disposés à vivre ces changements.
Eduquer
Le chiot est une petite boule de poils bien sympathique qui fait fondre les mamans comme les enfants. Comme il est souple, durant les premières semaines, il s’accommode rapidement à son nouvel environnement. S’il a grandi dans une famille, il s’intégrera mieux que s’il provient d’un élevage ou d’un magasin. Et dans ce cas, on n’est jamais sûr de sa provenance. Lui montrer où manger, dormir et faire ses besoins réclame de la patience et doit être répété sans cris. Il devra aussi apprendre à écouter, se calmer et, surtout, à regarder son maître pour répondre aux ordres. Jouer avec lui, le promener, le manipuler est tout aussi primordial. Durant cette période, d’une part, il intégrera nos codes et un cadre, pour connaître les limites de ce qui lui est permis de faire ou pas et lui laisser une marge de liberté au sein des hommes, d’autre part, il continuera à fréquenter d’autres chiens. Une bonne école de chiots peut s’avérer utile pour que l’animal croise paisiblement ses congénères.
Quand le chien devient adolescent, l’investissement s’intensifie. Ses hormones sexuelles, sa croissance, le développement de sa personnalité entraînent des changements importants. Tout ce qu’on lui a appris doit être renforcé, et surtout les interactions avec ses congénères. A ce stade où son caractère se forge, il doit se sentir bien, pouvoir se dépenser tout son saoul et satisfaire ses besoins profonds. Le secret d’une cohabitation réussie passe par le bien-être de l’animal.
Mais le chien adulte que vous accueillez est peut-être à mille années-lumière de l’idée que vous vous en étiez fait… On se dit alors qu’on a mal choisi son chiot, mais qu’on l’adore et qu’on accepte aussi ses défauts. Certains maîtres cherchent les solutions aux problèmes, d’autres optent pour l’abandon, laissant aux suivants, plus motivés, la lourde tâche de prendre les choses en main. Avec de la chance, le toutou perdu sera placé à l’endroit qui lui convient. A ce propos, « Un jour, un chien », un album jeunesse pour les enfants dès 6 ans, de Gabrielle Vincent, une artiste belge, illustre avec ses dessins, de manière très forte, cette problématique.
Les questions à se poser
Le chien occupant une place importante dans notre société, on a mille raisons de vouloir vivre avec lui. Que ce soit par amour, par besoin affectif, pour partager un sport nature, pour donner une nounou, un confident, un copain de jeu à ses enfants... Cela vaut donc la peine de prendre le temps de réfléchir à son choix. D’autant que la collecte d’informations s’avère un moment de préparation gai en plus d’être utile. Renseignez-vous d’abord sur la race qui vous plaît, sur les comportements spécifiques, le bagage génétique de chaque « famille », que l’homme a renforcé par les sélections opérées pour les élevages. Par exemple, un border collie a un instinct de surveillant, tandis qu’un jack russell court et creuse.
Si vous ne pouvez pas offrir à votre chien ce dont il a besoin, faut-il en adopter un ? Votre rythme de vie vous permet-il de le promener, de jouer avec lui, de lui accorder un espace d’activité ? Si vous ne possédez pas de jardin, qui pourra vous aider ? Etes-vous serein quand vous vous projetez dans une vision d’avenir ensemble ? Avec votre gabarit, serez-vous capable de retenir un molosse de 40 kilos ? Avez-vous des possibilités de garde fiables pour vous qui aimez voyager ? Dans ce cas, un petit chien sera plus raisonnable que le superbe bouvier bernois dont vous rêvez. Avez-vous pris en compte l’aspect financier : coût de l’alimentation, vaccins, vermifuges, traitements antipuces, la puce électronique, papiers d’identification, stérilisation, accidents ou maladies… ?
S’engager avec un chien, c’est poser un acte réfléchi, car cet être vivant à part entière est doté d’émotions. Certains lui prêtent une âme, un bon cœur, l’intelligence, la réflexion, l’intuition... Un chien se choisit pour compagnon de vie et lui nous rend au centuple ce que nous lui donnons.
Jeudi 12 Août / 13:17